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Made in China

11 Août 2017 , Rédigé par pascale

Tout le monde sait que la porcelaine est invention chinoise de longue date, que l’habileté des hommes dans ce domaine est allée d’Est en Ouest et que l’Europe la mit seulement à l’honneur.

Les Chinois, depuis des siècles, plus de quarante, maîtrisent à la perfection l’art de la cuisson, celui des vernis, la connaissance des matériaux,  de leurs différents états, des liants, toute une minéralogie, une chimie et une métallurgie complexes sans laquelle ils n’auraient pu produire ce que toutes les cours d’Europe rivalisaient de posséder quand elles l’ont découvert, au point de passer commande de motifs, armes ou autres blasons pour orner les vaisselles royales et aristocratiques.

Jamais démenti depuis le XVIIème siècle, l’engouement pour le fameux bleu et blanc

par exemple, produit essentiellement au Sud de la Chine, résultant d’un composé de kaolin et d’oxyde de cobalt, fut inventé au XIIème siècle, date fort tardive eu égard à celle des toutes premières porcelaines, de kaolin et de petuntsé, argile fine et roche cristalline, le second servant à lier le premier en fondant, après qu’il a été porté à une température extrême, entre mille et mille trois cents degrés, ce qui lui donne sa couleur blanche. L’oxyde de cuivre fait le vert, l’oxyde de manganèse le violet, d’antimoine le jaune... Avec des sels d’or les Chinois colorent en carmin.

Peu savent, en revanche, l’étrange itinéraire et histoire des lunettes. Comme moyen d’augmenter le confort de la vision, elles furent inventées au XIIIème siècle par un moine florentin, Alessandro di Spina. Bien que depuis longtemps -peut-être dès le IIème siècle avant Jésus-Christ- la Chine connût le béryl et le quartz qui entrent dans la fabrication du verre, les lunettes ne vinrent sur le territoire qu’au XIVème siècle. Elles servaient surtout à payer leur tribut pour les étrangers, notamment dans le Sud, ou pouvaient être plus ou moins avantageusement troquées contre des chevaux. Elles firent une nouvelle arrivée au XVIIème et toujours grâce aux inévitables Jésuites, dont certains mirent aussi dans leurs bagages du verre vénitien.

Les Révérends Pères de la Compagnie de Jésus, -dirigeant certains ateliers de verrerie- purent donc les remettre en circulation dans le pays. Comme toute chose devenue nécessaire, le superflu s’en saisit. Lorsqu’elles furent dotées de montures, quelques dizaines d’années plus tard, les branches en étaient d’écaille presque toujours, de métal parfois, ou d’or pour les plus riches. Et pour les garder avec soi, alors que les amples vêtements chinois n’ont pas la moindre poche, on inventa l’étui que l’on pendit à la ceinture, à côté de la blague à tabac, à parfum ou du porte-couteau. L’étui à lunettes est encore une occasion de rivaliser dans l’art de l’ornementation et de l’habileté à travailler toutes les matières. Il est en tissus brodés, en bois laqué, ou gravé, en peau de poisson.

 

Les lunettes reviennent en Occident au XVIIIème siècle par les Anglais, se créant même un petit succès de mode auprès des dandies des années vingt, du siècle vingtième (quitte à les porter avec des verres neutres), et succombant aux agitations de l’histoire, elles reviennent, pêle-mêle, depuis la fin du siècle dans les boutiques de regrattiers-chiffonniers-fripiers peu regardants de Yangshuo.

 

 

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D
Il y a chiner et chiner. Le premier vient, comme la porcelaine, de Chine. Pour le second, on s'échine un peu, les étymologies ne sont pas d'accord, on a beau mettre ses lunettes, courir les brocantes, on ne trouve pas l'origine.
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P
Quel plaisir!
En effet, Denis!
Mais il y a aussi les chineurs de mots... et là inutile d'aller au bout du monde. Suffit parfois d'être en bordure de soi, (ou de soie...)
Grand merci d'être passé là!
P
C'est ce que je me dis chaque matin en chaussant mes lunettes!
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L
Béni soit mon lorgnon (qui me permet de - vous - lire) et via icelui: les Chinois, les Jésuites et les Anglais!
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