inactualités et acribies

au fil (distendu) de l’histoire, petite suite*

3 Décembre 2017 , Rédigé par pascale

… comme mon nouvel ancien dictionnaire s’ouvre tout seul, me voici, un jour de gel et de froidure extérieurs, à l’article Femmes sans l’avoir cherché. Mais le vieil ouvrage suivait, lui, son fil invisible. Voyez plutôt.

Passons à grands pas sur les propos liminaires, généralités dans les platitudes et abysses de poncifs dans des océans de lieux communs : les femmes  travaillent dans les maisons pendant que leurs maris sont aux champs, et cela dès près de deux mille ans après le déluge ! Nous n’oublierons pas que le quasi-grimoire frise les cent cinquante ans –ce qui me paraît hier- et qu’il a pour recommandation en guise de sous-titre Ouvrage également utile aux Hommes du monde, aux Elèves des Lycées, des Collèges et autres Maisons d’éducation. Tout cela est bel et bon.

Mais les femmes, toutes les femmes, dans ces temps imprécisés où l’approximation le dispute à l’insu par d’aimables accommodations verbales, les princesses, les reines aussi, s’employaient à filer. Le lin, la laine, le bysse, dont j’apprends à la lettre « b » qu’il s’agit d’une soie pour les uns, d’un lin très fin pour les autres, quand ce n’est pas du coton… et renvoie au philosophe Vossius et son Dictionnaire étymologique, contemporains de Descartes. Les femmes homériques sont à leurs fuseaux, leurs métiers, leurs tissus. Pour preuve, les textes de Théocrite, ou Térence. Ovide et Virgile. Décidément Monsieur Chauvierre –et j’en profite ici pour lui rendre son orthographe patronymique exacte*- vous m’enchantez. L’acribie n’est point votre fait, l’inactualité si. Passements et passementeries font votre marque. Séduite par la richesse de votre glossaire, désappointée par tant d’inconsistance dans son usage. Mais je continue, j’aime aussi l’indécidable.

Où j’apprends que le temps d’Auguste était fort amolli, puisque –en voici donc la cause, la raison- les femmes de sa maison, épouse, sœur, filles, confectionnaient ses vêtements ordinaires. Rien de plus normal, n’est-ce pas ? et aussi que malgré leur vie austère, les femmes antiques ne rechignaient pas à plaire. La Bible, Homère, Plaute et les poètes en sont témoins. Et quelques considérations édifiantes plus tard, Monsieur Chauvierre se souvient que La langue latine n’a pas de mot pour dire une sénatrice, ni même, à proprement parler une impératrice, car l’expression Augusta n’était point un titre de dignité. Comme je suis d’une extrême méfiance, je me demande ce qu’il veut bien dire par dignité…  

Le temps d’avaler un café -soit deux lampées, ici le café est ristretto voire plus- et les pages de mon  bréviaire inattendu s’affranchissent de la pesanteur de ma présence pour se remettre en leurs plis d’habitude. Ceux des ficelles usées jusqu’à la corde qui leur servent de liens aléatoires puisqu’elles les disjoignent plus qu’elles ne les rassemblent. Le poids des ans fit souffler un vent léger, ce qui n’est pas toujours contradictoire…  aussi me voilà devant l’asbeste, incrédule et agitée comme un enfant le matin de Noël. Asbeste, nom d’une toile incombustible. Lisez, relisez Pline. On dirait un message promotionnel, anti-taches, résistant, blanchissant, l’asbeste est aussi le nom de la pierre qu’on tissait pour faire... l’asbeste. J’ai bien fait d’en appeler, même au risque de l’achronie, à l’esprit de Noël ! Nihil igni deperdit, dit-on, mais on ne nous dit pas qui le dit ! Le feu ne peut les détruire. Ni la toile, ni la pierre. Nous voici exactement parlant en présence d’amiante άσβεστος. Ouf ! non que la nouvelle soit réjouissante, mais au moins y a-t-il quelque ordre dans cette chute.

Père Noël qui êtes aux cieux, pour votre dégringolade par les conduits de fumées qui vous font Cendrillon –cul dans la cendre- bien plus que lutin malin, exigez de vos employeurs saisonniers, pour compenser les risques et la pénibilité, un tablier d’asbeste. Le pantalon et la veste aussi.

*cf  textures, juste en-dessous

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P
Je dois à la vérité qu'ils étaient absents du mien (trousseau) aussi, Denis! et sont rangés dorénavant dans l'armoire des trésors. Thesauri...<br /> Merci pour tes fidèles passages.
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D
Le bysse, l'asbeste, voilà des mots qui viennent garnir, et honnêtement, mon trousseau!
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