inactualités et acribies

Le dinosaure à plume*

17 Mars 2018 , Rédigé par pascale

J’ai le plaisir de vous annoncer que Denis Montebello vient de commettre un nouveau forfait**. En état de récidive verbale, livresque, drolatique et sérieuse, il nous condamne à la plus belle des peines, la plus intelligente et la plus astucieuse. Explications.

Supposons, je dis bien supposons, qu’il soit désireux de gagner sa vie en écrivant des livres qui se vendent à la pelle. Supposons que pour appâter le chaland, il lui faille un titre racoleur. Supposons encore, qu’il s’y essaie, tirant la langue devant l’ouvrage. Et nous, accompagnant ses efforts appliqués, sommes au cœur d’une gestation qui aboutit de ne pas aboutir. Vous suivez ?

Il faudrait pouvoir re-commencer par la fin, alors que les premières lignes sont titrées Et si tout commençait aujourd’hui ? Je ne vous dis rien de cette quête –car c'en est une– dont l’occasion est une phrase glanée au hasard du temps qui passe. Comme le train. Le lecteur comprendra. Une révélation mystique, une anagogie païenne, l’ordinaire, dispensateur d’occasions magnifiques. L’insignifiant fait toujours sens pour celui qui écrit. L’œil et la plume acérés de notre écrivain font merveille dans l’autodérision, l’ironie du quotidien, toujours la nostalgie à fleur de mots.

C’est, bien sûr, impossible à raconter. La recherche d’un titre d’où coulerait comme de source, une histoire. Mais pas n’importe quelle histoire, pas n’importe quel livre. Celui qui viendrait sans peine, dans tous les sens du mot, se loger entre tous ceux de sa famille. La famille qui-vous-fait-du-bien. Tentaculaire tribu qui s’étale et prend ses aises sans vergogne sur les étagères des librairies. Du genre aguicheur, un peu à la manière qu’ont certains de vous proposer leurs services –des élagueurs par exemple qui sonnent à votre porte– et qui ont terminé la tâche avant même que vous ayez soufflé mot. Du genre sans gêne, sympa. Un genre de monde auquel il faut appartenir coûte que coûte. Justement, ces livres aux titres annonciateurs de recettes du bonheur, c’est sûr rapportent gros. Rapporteraient, si seulement on voulait y consentir. Ce n’est pas donné à tout le monde de faire un livre qui-fait-du-bien. A nous. A vous. Au porte-monnaie. Mais on a beau essayer, toujours le naturel revient au galop. Ou à la vitesse d’un TGV qu’on a raté. Ou peut-être de la chute des branches à terre, évaltonnées d’être arrivées sur le gazon ce jour-là maudit.

Maudite lucidité des lignes sous le titre Un roman d’une longueur raisonnable où le taille-haie –métaphorique instrument du carnage littéraire qu’est tout livre qui-nous-fait-du-bien– où l’outil nous a tué d’avoir été branché ! admirable ! Denis Montebello, qui ne roule ni en Fiat, ni en Ferrari, et nous dit pourquoi, me pardonnera –mais c’est quand même un peu sa faute– d’ajouter à la liste Suicides ce titre authentiquement relevé dans la rubrique des faits divers : il se pend sur le bord de la route. Ce qui, reconnaissons-le est d’un contorsionniste achevé et non du commun des… mortels. Niveau blagues Carambar  me direz-vous ? Justement ! C’est un autre titre proposé par notre facétieux auteur, qui se demande s’il peut écrire le livre-qui-fait-du-bien dont le héros serait le vieux qui rédige, moyennant rémunération, ces balourdises. De page en page, comme l’élagueur de branche en branche, nous sommes baladés et balladés. On nous trimbale et nous ferait entrer, pour un peu, dans une danse provoquant insomnie, céphalées et agitation, tout ce qu’un livre qui vous veut du bien, vous éviterait, dit-on. Objurgation du bonheur et injonction d’être heureux font la double nécessité du lecteur des temps qui courent. Et oublient de s’arrêter comme le TGV. Ou la cisaille qui peut vous coûter un bras.

Mais voilà. Comment l’écrire ? Comment devenir ce qu’on n’est pas. Quand on sait, d’un savoir anhistorique et d’enfance tout ensemble, qu’aucun livre n’a jamais soulagé ni sauvé personne.

*ainsi D.M se nomme-t-il lui-même p79. ** Comment écrire un livre qui fait du bien?  Editions Le temps qu'il fait. Lire ici même, 21 février 2018, Ce vide lui blesse la vue.

(et merci à mon attentif lecteur qui n'a pas osé signaler 'tout haut' la faute de .... frappe, forcément). Corrigé!

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D
Le dinosaure à plume défroisse ses ailes. La journée sera légère. Un grand merci, Pascale.
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P
Ce fut un plaisir de l'écrire, après le bonheur de te lire. Donc, belle journée légère.
Les dinosaures de ton espèce ne risquent pas d'avoir du plomb dans l'aile, c'est certain.