inactualités et acribies

on ferme! *

11 Mars 2018 , Rédigé par pascale

Il y a quand même une contradiction en acte à sommer quelqu’un de sortir –lui indiquer que la porte lui est désormais fermée– en la lui ouvrant toute grande. Que celui qui n’a jamais…. justement ! il faut avoir bien peu le sens des choses, le sens des gens, le sens des mots pour franchir cette limite, ce pas, cette borne, sans motif vital. Mélodrame et même mélo sidérant sur le coup, instructif après. La réflexion est toujours a posteriori, après la représentation, mais sans génuflexion. Ni remords, ni regret, ni retour surtout pour le sortant. Close pour toujours la porte, après l’exit. D’autant plus close, doublement close, à triple tour, si plus tard on lui dit qu’il faut, qu’on peut, rejouer la scène, comme au théâtre, revenir depuis les coulisses, que c’était une fausse sortie, en somme.

 

Mais une porte est entrance et fermeture. Accès et sortie. Tant pis pour qui ne le sait pas. Grave faute de l’ignorer ou pire, feindre l’ignorer. C’eût été autre chose de laisser quitter la place, tenir quitte, donner quitus, faire quittance, le tout sans aller ouvrir grand la porte. A en béer. En pleine déraison, pour le cœur on repassera. Surtout n’y revenir point, au pas-de-porte. C’est à sens unique, le sens de celui qui a été sorti. Double jeu, double-je, pour celui qui pousse dehors, main tendue pour indiquer le trottoir. Le trottoir ! comme pour une péripatéticienne qui aurait lu Aristote… comprenne qui pourra ! Pour les poncifs on a le choix, y compris ceux de la psychanalyse du tout-venant. Allons-y sans la moindre honte : franchir un seuil, entrer de plain-pied ou même de plein pied, c’est la porte ouverte à toutes les difficultés, toutes les ambiguïtés, on sait pourtant qu’il faut qu’elle soit ouverte ou fermée, l’entre-deux, entre deux portes, c’est le porte-à-faux, jamais le porte-bonheur.

Dans La poétique de l’espace, Bachelard, que je consulte toujours pour dire l’essentiel du quotidien –or, c’est bien de quotidien que notre quotidien est fait– dit de la porte qu’elle est une image princeps, un technème [à l’instar des zoèmes de Lévi-Strauss, ces objets parfaitement ambivalents, objets de pensée et/mais objets de réalité] qui tient en lui-même sa signification symbolique. J’ai bien failli écrire qui porte, quand Francis Ponge me souffle à l’oreille d’aller relire comment dans Pièces –on ne peut mieux dire– il définit l’Objeu. Je retiens : les significations bouclées à double tour  auxquelles l’objet de notre émotion, et nous avec, nous allons faire dire. Pour en saisir toutes les réverbérations, les liaisons, les échos, les racines, tout le parti qu’on pourrait en prendre. Sauf les rois pour les portes, qu’ils ne touchent pas et ne connaissent donc le plaisir ni même le bonheur qu’il y a à la tenir dans ses bras. Donc Bachelard, dont je ne sais s’il a lu la nouvelle de Maupassant –La Porte– à la cruauté qui n’a d’égal que le cynisme, comme toujours, s’étonne qu’on ne sente pas, ne ressente pas qu’un petit dieu de seuil  y est incarné. Un seuil comme une chose sacrée, se souvient-il un peu plus loin avoir lu chez Porphyre. On ne saurait mieux dire, je m’en doutais un peu. Aussi il est sacrilège celui qui se prend pour César et d’un geste d’impiété et d’outrage décide de sortir de chez soi l'autre qu’il a pourtant invité. On me dira, je le sens, qu’il y avait peut-être des raisons ! ah ! la phrase attendue et entendue mille et mille fois ! la raison en lieu et place de l’humeur, que l’on invoque pour soi et jamais pour les autres. La raison  pour valider l’irritation, le tempérament, la tocade. La raison de l’un qui serait plus forte que la raison de l’autre ? mais qui décide de la mesure, qui mesure la mesure ?

Toujours se souvenir que les expressions les plus pratiquées sont parfois les plus signifiantes. Telle une fin de non-recevoir, qui peut, à qui sait lire, porter au moins deux sens, dont un sens interdit. L’exclusion, l’expulsion, l’éviction interdisent à qui est banni de reparaître. Et d’enfoncer même les portes ouvertes.

 

 

 

*toute ressemblance avec des personnes ou des faits….

(et merci à Stéphanie pour les photographies)

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
D
Le seuil, comme une invitation lancée au flâneur. Merci Pascale.
Répondre
P
Impossible de flâner en l'instant, on vient de me prévenir qu'un livre commandé, avant parution, vient d'arriver, tout chaud à la librairie.... Je saute dans mes chaussures, et j'y vais, tu comprendras, Denis, que rien d'autre ne compte...
Amicalement