inactualités et acribies

Le règlement 1379/2013 de la DGCCRF,

24 Juin 2018 , Rédigé par pascale

 

aurait tout pour séduire. Non, aurait pu nous séduire. Non, est une fausse bonne idée, pour le dire comme les éditorialistes jamais en mal de poncifs ni de clichés. Et puis d’abord, que vient faire, ici, un règlement 1379/2013 ? Vous l’allez voir : acribique, il l’est, et même inactuel, d’une certaine façon, bien qu’il fût porté à ma connaissance par un fait divers récent,

qui prétend qu’il est dorénavant obligatoire de sous-titrer le français d’aujourd’hui, et même le marseillais, en latin. Qu’au bord de Mare nostrum il importe de savoir que la rascasse s’appelle tout simplement  Trachyscorpia cristulata echinata. Il suffisait de le dire !

quand j’apprends que désormais, est passible de verbalisation tout manquement à la réglementation européenne qui demande d’ “indiquer le nom de l’espèce en latin” ; que ladite menace n’est pas demeurée lettre morte, il y a peu, sur le Vieux-Port de Massilia ; qu’à présent les poissonnières vendent du sar commun, sous le nom de  Diplodus sargus sargus, et de la dorade, sparus aurata où je comprends qu’il s’agit de la dorée, la dorade dorée, mais ignore s’il faut l’orthographier daurade, ce pourrait faire plus joli pour ces messieurs des règlements de l’étiquetage, une daurade aurata ; quand j’apprends que le latin est redevenu la langue de l’Europe, j’ai soupiré d’aise ; mais juste pour le poisson, j’ai soupiré de mésaise.

La nouvelle réglementation, exige certainement cette inactualité linguistique pour préserver l’acribie  ichtyologique, et qu’on ne nous fasse pas nommer Wanda un poisson à l’air louche, ou confondre  morue et  Saint-Pierre ; le texte stipule que toutes les espèces d'un même genre peuvent être désignées sous la même dénomination commerciale, le nom latin de l'espèce doit cependant être indiqué sur l'étiquetage conformément au règlement. Bon, mais qu’est-ce qu’un nom d’espèce ? on nage en pleine confusion. Aussi appelons-en aux spécialistes. J’ai sous la main un certain Pierre Belon, authentiquement né sous ce patronyme ostréicole vers 1517 dans la Sarthe, et mort assassiné 47ans plus tard dans le Bois de Boulogne. Auteur reconnu d’un ouvrage d’Anatomie comparée sur des estranges Poissons marins, mais grand connaisseur aussi des Conifères, et des Oiseaux. Et son contemporain, Rondelet, spécialisé dans l’identification des poissons méditerranéens. Ces livres parus dans les années 50 du XVIème siècle ont-ils été consultés par nos sages technocrates afin d’aider toutes les poissonnières et tous les poissonniers de toutes les côtes littorales européennes et de toutes les criées et de tous les marchés et tous les magasins,  dans la mise en conformité d’un des décrets à la consommation les plus passionnants du moment, puisqu’il précise qu’en l’absence du nom latin, non seulement le contrevenant doit payer une amende, mais son achalandage est saisi et détruit. Sans le latin, le poisson n’est pas sain…

ce qui fut fait, il y a quelques jours, à Marseille, et ce n’est ni tarasconnade, ni galéjade, ni poisson d’avril à manger en  filets froids à la vinaigrette*, … qui l’eût cru, qu’à l’heure de l’anglobal, du congelé pané, des menus végétariens, et des océans pollués par des montagnes de plastique, on exigeât que le latin couchât ses italiques contre les flans argentés des poissons ?

mais pourquoi vouloir seulement écrire les noms latins,  il les faut dire, harponner le client dans la langue de Cicéron, s’il n’a lu l’étiquette, et même s’il l’a lue, la lui chanter, la lui criailler ; s’époumoner, s’égosiller en latinisant, vanter sa marchandise, mener le chaland en bateau ! ah ! comme le marchéage sera  beau.

 

*F.Ponge

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
D
Le Mulet était cabot, maintenant (qu'on l'appelle Mugil cephalus), il a la grosse tête!
Répondre
P
aussi grosse que celle de la sardine qui a bien failli boucher le célèbre port!
M
Je ne vous croyais pas, même si le titre m'y engageait.<br /> Depuis j'ai lu l'article 35 dudit règlement, ce qu'évidemment je n'aurais jamais fait même les jours d'ennui profond. Merci, donc.<br /> Un latin de cuisine renouvelé
Répondre
P
faut toujours me croire...
F
De la musique avant toute chose: celle des sphères et des abysses... Après nous avoir donné le « la », merci Pascale de nous donnner le thon !
Répondre
P
Thunnus thynnus, tu veux dire....