inactualités et acribies

Le grand jeu de l'été -n° 2

28 Juillet 2018 , Rédigé par pascale

Un peu plus tard, il tenta de se mettre au travail. La brume disparue derrière la ligne d’horizon s’était peut-être réfugiée au-delà des terres connues, un monde difficile à envisager, mais moins que le mystère des espaces infinis. Dans lequel le fils prodige d’un des meilleurs esprits du siècle, voit la possibilité de l’existence du vide. Ce qui ne saurait se concevoir. Il faudra que j’écrive en ce sens  plus tard, se dit-il. Il n’y a pas qu’à ce jeune mathématicien souffreteux qu’il faudrait répondre avec méthode, mais à tous ceux qu’il a suivis en cette matière, et qui, depuis la plus haute Antiquité, la foi chrétienne en moins, ont soufflé cette étrange croyance qu’il se peut que le rien soit. Ce qui fait la plus solide contradiction que j’aie jamais rencontrée, et nonobstant ma grande réserve à l’égard de la tradition scolastique, je suis obligé de reconnaître, sur ce point, la valeur de son raisonnement. Il me faut donc avancer masqué, ici comme ailleurs, mes objecteurs veillent, ils sont friands de querelles, cherchant par quel bout de la lorgnette il pourrait bien me faire chuter.

La matinée glissait dans la froidure extérieure, dont il se protégeait par une ample et confortable robe de chambre, tant qu’il n’avait pas à mettre le nez dehors. Sa table de travail supportait un poids considérable d’ouvrages de philosophie, de physique et de mathématiques, disciplines qu’il fréquentait depuis son plus jeune âge avec un bonheur égal, quoique pour la première il trouvait que l’enseignement qu’il en reçut en son jeune âge fût assez décevant. Au point de s’en ouvrir dans des lignes dont il ignorait qu’elles feraient le miel de générations d’étudiants et de professeurs à venir. Quelle heure pouvait-il bien être ? à force de se laisser aller à ses songeries, le fil de son raisonnement pourrait bien se distendre. L’horloge, remarquable et nouvelle invention, dont le mécanisme fait image toute trouvée pour celui de notre nature corporelle, de ressorts et d’automatismes constituée, l’horloge indiquait une heure avancée tandis qu’il n’avait encore rien écrit. Mais déjà beaucoup médité.

Assez peu d’objets, finalement autour de lui. L’obligation qu’il s’était faite de ne jamais admettre pour vrai que ce qu’un doute hyperbolique ne pourrait en aucun cas atteindre, peut-elle se suffire de l’imagination si la perception ne trouve satisfaction plus directement par l’ouïe, la vue, l’odorat, le toucher des choses ordinaires. Tous les philosophes ont commencé par demander raison de leur existence à leur milieu le plus proche, le plus immédiat, le plus facile même. L’entourage à portée de main suffit pour toute métaphysique. Et même pour sa critique. Un coupe-papier acquerra sa célébrité  pour avoir cisaillé le lien jamais nettement tranché avant lui, entre essence et existence.  Aussi, le penseur le plus profond ne peut se passer de l’usage des choses. Et notre philosophe, repoussant négligemment une mouche importune, sait que si précisément abstraits ses raisonnements peuvent être, ils sont fragiles si, pour le dire comme un de ses futurs collègues, une mouche, une simple mouche virevoltant, un presque-rien disons, peut les anéantir. L’infiniment petit n’est pas négligeable, un ciron, par exemple, est à lui seul un raccourci de l’univers. Et suffit à provoquer la réflexion. Mais, l’heure tourne. Comme le monde –ce qui ne se peut dire ouvertement.

Notre homme quitte alors ses pantoufles et revêt un habit plus mondain. Sur le guéridon tout proche, quelques petits automates de sa fabrication, modeste contribution à un engouement naissant dont le siècle suivant verra les réalisations les plus grandioses et complexes. Mais pendant qu’il en ajuste les pièces, il se concentre. Si nous étions seulement des machines, même très compliquées, serions-nous en mesure de penser, même simplement ? de l’homme et de l’automate, lequel a fabriqué l’autre, mais surtout, lequel pense l’autre ? c’est pourquoi il a tant de mal avec les systèmes pourtant impeccables qui ont construit, il y a plus de vingt siècles déjà, une explication exclusivement matérielle de l’homme et du monde. Il sait qu’aujourd’hui des esprits puissants et affûtés sont à nouveau tentés. Que l’hédonisme, rationnellement justifié par une lecture précise et rigoureuse de ces textes mal compris, fait contre-proposition aux lois de la morale soutenue par l’Église. Mais il n’en lira pas l’expression élégante formulée par un Français exilé à Londres, plusieurs années après sa mort survenue, elle aussi, loin de chez lui. Lui qui pourtant n’eut pas de chez soi, ou en eut tant qu’on ne les compte plus.

Que mange-t-on aujourd’hui ? qu’y a-t-il dans la corbeille de fruits, dans la carafe quel vin ? et dans l’assiette ? il n’est pas aussi bavard que certains sur les nourritures terrestres, ou alors on ne l’a point retenu. Quand d’autres réclament des vins d’Aï ou de Champagne, des pâtes de fruit, de l’eau et du pain de froment, ou quelques huîtres, voire du fromage, et même du camembert, des pommes et des fraises, des cerises aussi, tout cela précisément servi dans des textes célèbres passés ou à venir, on ne saurait reconstituer un repas ordinaire de celui qui, pourtant, rêva un jour de … melons !

 

Le jeu n° 2 fait parler le même. Mais il y a bien plus de références cachées, des renseignements anecdotiques mais très connus –presque tous éparpillés dans les articles ici postés– pour identifier philosophes et philosophies célèbres, contemporains, antérieurs ou postérieurs à notre ami. Il suffit de redonner les noms pour gagner. Le droit de participer au prochain… pas encore inventé, mais bientôt.

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D
Roquentin m'a induit en erreur, à ce stade j'abandonne mes doutes et réponds sans hésiter Pascal!
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