inactualités et acribies

par ces temps de grandes chaleurs, vous reprendrez bien un peu de Pétrus...

3 Juillet 2018 , Rédigé par pascale

 

      Je n’en suis pas coutumière, on le sait. Aussi, prendre ces co-pillages pour une exception. Mais la tentation me fut si forte, d’un coup, que je ne luttai point. Désireuse qu’ils vous plaisent et pourquoi pas vous plussent, et mieux encore.

 

      Je ne suis ni cynique, ni bégueule : je dis ce qui est vrai ; pour m’arracher une plainte, il faut que mon mal soit bien cuisant ; jamais je ne me suis mélancolié à l’usage des dames attaquées de consomption. Si j’ai pris plaisir à étaler ma pauvreté, c’est parce que nos Bardes contemporains me puent avec leurs prétendus poèmes et luxes pachaliques, leur galbe aristocrate, leurs momeries ecclésiastiques et leurs sonnets à manchettes ; à les entendre, on croirait les voir un cilice ou des armoiries au flanc, un rosaire ou un émerillon au poing. On croirait voir les hautes dames de leurs pensées, leurs vicomtesses… leurs vicomtesses !... dites plutôt leurs buandières !

      Si je suis resté obscur et ignoré, si jamais personne n’a tympanisé pour moi, si je n’ai jamais été appelé aiglon ou cygne, en revanche, je n’ai jamais été le paillasse d’aucun ; je n’ai jamais tambouriné pour amasser la foule autour d’un maître, nul ne peut me dire son apprenti.

     (…)

    (…)  pour ceux qui m’accuseront de métagraboliser*, j’ai ma conviction de poète, j’en rirai.

     Je n’ai plus rien à dire, sinon que j’aurais bien pu faire pour préliminaire un paranymphe, ou mon éthopée, ou bien encore, sur l’art, un long traité ex professo.

In Préface de Rhapsodies

     *emprunté à Rabelais

 

 

    Pétrus pourrait se vanter de festonner sa phrase et guillocher son prône, quand il dit : Il fait une giboulée à donner une pleurésie à l'univers, là où nos écrivaillons adulés des foules disent seulement, qu’il tombe des cordes, comme tout le monde !

    Un peu plus loin que le guillotinassiez  inégalable*, Pétrus cioranise ou se cioranise, et moi je me pétrusianise ou borélise, indifféremment : « La vie est facultative.» On la lui (Passereau) a imposée comme le baptême. « Il a déjà adjuré le baptême, maintenant il revendique le néant. »

     *in article précédent

    Dans la  même veine cioranienne qui s’ignore et pour cause… par moi noté à la va-vite sur un papier volant : Une œuvre comme celle-là n’a pas de second tome : son épilogue, c’est la mort. Tout comme ces deux adjectifs accolés à une peau, aduste et rissolée,  exfiltrés de Madame Putiphar.

    Enfin, l’usage des mots ne peut être sage, ou l’on n’est pas écrivain, alors, une dernière rasade pour la route : dire grandiose de quelque chose de superbe, oblige à dire à l’inverse petit diose si ce n’est pas le cas. De même que l’on n’est pas estropié si l’on se blesse à la main, mais évidemment, estromain. Je ne m’en lasse pas. Contrairement aux livres, aux romans, aux histoires, narrations, narrativement psychologisant, impressionnisant, biographisant, autobiographisant, somniférant, dont il sortirait chaque semaine, à en croire la presse –qui porte bien son nom- un chef d’œuvre, un des meilleurs livres du moment (!), de l’été, de l’automne, de l’hiver, de la rentrée, de l’autre rentrée, de l’année, j’ai oublié le printemps…. La presse qui vous somme d’aller le lire en urgence. Ce qui n’est peut-être pas un mauvais conseil finalement, vous pourriez, tant leur durée de vie est courte, le manquer. Mais tant la vie tout court est courte, il ne la faut point gâcher par de telles fadaises…. chapechute-t-on aussi à mon oreille. Message reçu, depuis long temps.

    Pétrus Borel aurait, peut-être, sûrement, mérité de figurer dans le recueil les désemparés de Patrice Delbourg * cinquante-trois portraits d’écrivains, aux côtés de Jean-Pierre Brisset**, Jacques Rigaut, Henri Calet*** Raymond Guérin, -quelques-uns de mes chouchous–, autant de compagnons fort acceptables pour celui dont Verlaine disait ne plus pouvoir se passer  de la fantaisie gigantesque et de  (la) grâce hautaine. 

 

*Le castor astral, 1996. **à venir : écrivain fou, ou  fou écrivain ; *** ibid. archives, Chut, je lis… 31 Juillet 2017, Henri Calet, 7 Août 2017 ; et pourquoi pas, juste un livre, 21 Février 2017, avec la précision importante suivante, que les listes b) mais surtout c) de la note (***) concernent exclusivement des livres-dont-on-parle, et à l’acquisition desquels j’ai succombé. Rien à voir, bien sûr, bien sûr, avec de la littérature, Ceux qui savent, comprennent.

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D
On reprend volontiers de ce Château.
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P
La machine a oublié de te signaler dans les allées du Château. Merci (avec retard) de t'y être promené.