inactualités et acribies

D'antan et d'aujourd'hui

22 Décembre 2018 , Rédigé par pascale

     Bafre ou bafrée, en patois normand et lorrain, signifient régal ignoble de gourmands, délicieux oxymore inclus dans un pléonasme. Aussi bien, il y a de la bredesingue dans l’air pour tous les gueulus du coin, goulipias ou gourauds, c’est comme on veut, pour qui la table est toujours servie, et qu’il ne pend que de manger. Sans être pour autant toujours dans la pictrie.

 

     En ces temps de boustifailles, ripailles et victuailles à venir, il fait bon conjuguer le solide et le liquide aux modes anciens encore familiers à toute mémoire auriculaire, souvent masquée par l’olfactive à l’éternel goût de madeleine. Et s’étonner de fêter un nouveau-né proscrit et quand même un peu à la rue, en se goinfrant et buvant plus que de raison jusqu’à s’yvrer et être tesi.

     La substitution de ce pauvret, fils de parents nécessiteux et errants, par un bedonnant, joufflu et barbu vieillard, et hilarant, s’opéra sur le tard mais avec un succès tout aussi inattendu que complet, en passant de la douceur moyen-orientale à la froidure quasi arctique du presque cercle polaire. Triple commutation réussie : régionale et climatique ; générationnelle ; économique. Qui l’irait contester ? l’adoration d’une image –étymologie stricte de idolâtrie– créature illusoire mais compensatoire réussie, en lieu et place d’une célébration culturelle et cultuelle, par l’incroyable renversement du sens du don et l’effacement de trois rois et leurs offrandes magiques au sans-domicile-fixe, au profit d’un revenant annuel et multiclôné qui fait mine d’apporter les cadeaux qu’en achetant pour d’autres, on a largement achetés pour soi-même. Sans parler de la scénographie douteuse et datée, répliquée mécaniquement mais non sans plaisir… un vrai mystère ! L’animal humain, surtout quand il est en troupeau, n’aime finalement rien moins que ce qu’il appelle rites pour oublier qu’il s’agit d’abord de ritournelles, d’habitudes, de reprises, de refrains… et tout le monde sait que dans une chanson à boire, le refrain est le meilleur moment.

 

     Et havignolant, peut-être par excès de coups de cachoire –ces derniers derniers verres offerts avant de repartir– le Bonhomme censément invisible aux petits comme aux grands, ne cesse d’arpenter les bitumes, d’apparaître aux devantures et de s’y afficher. Chacun promène à bout de bras, marchant à pas rapides et presque honteux, des paquets qui déjà disent tout de ce qu’ils contiennent, et reproduisent, sous les formes mercantiles les plus éhontées, ce qui pourtant se pratiqua depuis les âges reculés de l’humain : l’échange. Autrement appelé aussi, la contrepartie. On peut lui préférer le troc. Dans tous les cas, la main qui offre ne se referme jamais sur le vide. La seule question qui vaille est d’en éloigner l’hautaineté, pour le dire comme Montaigne, au profit du trac, cette généreuse et légère appréhension de n’être pas à la hauteur de ceux qu’on aime.

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D
Retrouver la mémoire en oubliant, l'espace d'un texte, "l’olfactive à l’éternel goût de madeleine".
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P
madeleine dont on se sent vraiment prisonnier... c'est quand même un comble!
(tous les ans c'est la même chose, mais pourquoi le "petit jésus" est-il devenu "le Père Noël" obèse et moche... je reposerai la question dans 10 mois, dis-moi....)