inactualités et acribies

AZUR NOIR*

27 Janvier 2020 , Rédigé par pascale

  

   

Ce livre ** est plein de qualités, ou comment être Rimbaud dans l’invisibilité. Quels fils de quelle cécité féconde passent de Léo, jeune rimbaldien d’aujourd’hui, à Arthur et l’inverse, les liant et déliant sans cesse. C’est juste parfaitement réussi. D’une grande maîtrise. Mieux qu’un fondu enchaîné où l’on n’y voit rien. Et pourtant la cécité l’emporte, le lecteur comprendra. Osmose par l’écriture d’une élégance totale, qui tisse la toile qui enferme puis étouffe Léo. Peut-on dire d’un livre qu’il colle à la peau de son personnage ?

   Livre rimbaldien d’intérieur, de l’intérieur et des intérieurs, où pourtant cet Arthur des espaces confinés -y compris dans la rue- ne vient pas heurter celui des images officielles, l’Orient, l’Afrique, les déserts. Ni contredire, ni offusquer. Une autre de ses qualités. Et puis celle-ci : nulle thèse, nul « message », nulle proposition, cela est rare, heureux, courtois, ne s’interpose entre Léo et Arthur, Alain Blottière et son lecteur, Léo et le lecteur. Pourtant, il fallait bien être Arthur pour dire Léo, et non l’inverse. Cela, seul un connaisseur du détail, de l’intérieur, pouvait le faire. La finesse, la ténuité même d’une écriture au plus près des objets, des situations, des personnages, palimpsestes d’eux-mêmes - ah ! l’intériorisation si rimbaldienne des couleurs, omniprésentes dans tous les décors - la distinction et le tact dans le choix des mots, seraient-ils pour dire l’obscène, la crasse, le laid, l’inconvenant, laissent un sentiment, une sensation de contentement, au sens  précis de l’adhésion immédiate dans, par, grâce à la souveraine intelligence de qui sait et domine ce qu’il sait avec distinction.

   Il ne faudrait pas lire ce roman seulement au ras de ses mots, le nez dans la phrase, la tête dans les pages, mais se laisser aller à ces mille questions/qui se ramifienta à l’été dramatiqueb ; devenir un insoucieuxc  Léo soi-même, débraillé comme un étudiantd ; se laisser prendre en rimbaldie. Aussi, saluons le raffinement lumineux et accompli de l’inclusion -au sens d’une joaillerie, un enchâssement d’orfèvre- invisiblement annoncée, d’une lettre du professeur Alain Borer. Authentique missive infiltrée - de vrais remerciements en témoignent à la fin. Remarquable de complicité aboutie par une gradation très finement maîtrisée. Alain Borer joue ici son propre rôle. Procédé rarissime en littérature ! Bien sûr c’est du grand art, c’est surtout bien plus et bien mieux qu’une référence, un hommage.

 

*Rimbaud : Ainsi, toujours, vers l’azur noir… (Ce qu’on dit au poète à propos des fleurs)

** Alain Blottière, Azur noir, Gallimard, Janvier 2020

 

a)Rimbaud, L’âge d’or ; b) Bannières de Mai ; c) Le bateau ivre ; d) A la musique

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
D
Je découvre. Merci Pascale.
Répondre
P
C'est le but ! Merci Denis.