inactualités et acribies

*La philosophie est un jeu d’enfant,

17 Février 2020 , Rédigé par pascale

 

                                                         qu’il faut offrir à ses rejetons quand on est un parent-éducateur-responsable ; il y a des lieux et des heures pour cela, entre la danse et le tennis. Le recyclage de toute activité aux programmes conjoints de la facilité, de l’amusement et de la spontanéité proposera donc la fréquentation de Kant, Aristote, Spinoza, Hegel, Platon, Descartes dès l’âge de 6 ans… Non ? Comment non !? Ils sont pourtant, avec quelques autres, de première nécessité exégétique et herméneutique ? Avec Leibniz, Hume, Russel, Wittgenstein, qui ont élaboré des textes fondateurs ? Ce qui se passe d’ailleurs dans n’importe quelle acquisition intellectuelle exigeante : on demande, n’est-ce pas, à un enfant qui apprend à lire de le faire avec Rabelais dans le texte du XVIème siècle ; et à celui qui apprend à compter d’entrer directement dans la géométrie de Riemann, non ? Littérature classique et mathématique de haut vol seraient donc préservées de cette farce, cet impératif de la bêtise qui décide pour d’autres dans l’ignorance de ce qu’elle exige. Ces Sophistes des temps nouveaux – première leçon la philosophie joue la raison contre l’opinion elle est une anti-sophistique ! – ont réussi, en cela ils sont d’excellents sophistes, à faire admettre l’équivalence entre penser et raisonner, et l’urgence à envelopper cette synonymie de pacotille du terme de philosophie. On ne demandera qu’une chose, conscient qu’il ne faut pas attaquer la démagogie trop frontalement pour rester en vie : si vous croyez, et en cela vous avez raison, qu’il faut apprendre aux enfants à ne pas tomber dans les pièges (à s’ouvrir l’esprit et prendre du recul quels poncifs, pitié !) n’appelez pas cela Philosophie ! Et puis une autre chose : prétendre que l’apprentissage précoce de la Philosophie éloigne des rets de la pensée commune, tout en tombant les deux pieds dedans — tel Thalès dans le puits — c’est assez cocasse ! Enfin, l’initiation à la philosophie existe ; elle se pratique au Lycée, quand on a acquis la maîtrise parfaite de tout texte de toute époque – ben, quoi ? 10 à 12 ans de scolarité préalable – ;  celle du raisonnement logique qui fait obstacle aux situations particulières ; et une appétence jamais assouvie pour la réflexion désintéressée, ce qui reprend sous d’autres mots la proposition précédente. Bien sûr, la maîtrise de toutes les subtilités de l’expression écrite.** On ajoutera l’obligation d’un vocabulaire et d’une sémantique d’autant mieux adaptés qu’ils s’adossent à un peu de grec et de latin, leurs lieux de naissance et de formation. Alors, on peut accéder et entrer, prudemment, dans l’étude de la Philosophie qui ne vous quittera plus.

     Accessoirement : il y a bien d’autres disciplines scolaires, tout aussi fondamentales pour la formation des jeunes têtes et qui ne sont enseignées ni à l’âge de la trottinette (hum… mauvais exemple, la nécessité régressive de la trottinette à tout âge n’étant plus à prouver n’est-ce pas ?) ni même à celui de la conduite accompagnée : le Droit Pénal, la Psychologie, la Sociologie, l’Ecologie, l’Architecture, l’Ancien Français, la Physique quantique, les géométries non euclidiennes, la lecture suivie des partitions en clef d’Ut, le chant grégorien, l’Opéra… Il y a aussi, dans le cursus d’un écolier, puis d’un collégien, puis d’un lycéen, toutes les occasions (enseignements de la Langue française, des grande œuvres littéraires, de l’Histoire, de la Géographie, des Sciences, des Langues anciennes, des Langues vivantes, de l’histoire de l’art, des religions…) graduées et croissantes pour frotter et limer sa cervelle contre celle d’autruy, ainsi le disait Montaigne. Je rêve ? ah bon !

     Enfin, cela qu’il faudrait bien admettre : contrairement aux formulations ressassées à l’envi – ce qui pourtant ne fait pas vérité – il n’y a pas, en cette affaire comme en d’autres, une demande des parents ou de la société comme on dit,  à laquelle d'ailleurs j’aimerais bien être présentée un jour ! Il y a une offre, dans les termes séducteurs de l’injonction douce, ce sont les pires, pour un besoin, une nécessité et même de l’indispensable présentés comme tels. C’est le principe élémentaire de toute approche de consommation : décider qu’est devenu primordial ce dont, pourtant, on pouvait se passer avant qu’on vous le propose. Et là, deux difficultés 1) ne pas faire de mauvais procès, ce n’est pas de la Philosophie dont on parle, mais de sa présentation sous cette forme, accessible-sans-peine au trébuchet de l’enfance ; 2) cette prescription consumériste, donc vaguement culpabilisante et dont il ne faut pas ignorer la composante invisiblement puissante et puissamment invisible, s’éteindrait d’elle-même, et avec les autres, si l’on ne s’y soumettait avec complaisance. Il suffirait de créditer sa contradiction pour l’anéantir : l’acquiescement sine qua non à une telle proposition a quelque chose à voir avec la pensée magique***, laquelle est en relation antinomique absolue avec la raison philosophique.

 

*lignes d’humeur ruminées depuis longtemps mais dont l’aubaine me vint récemment.

**le philosophe, et celui qui étudie la Philosophie, entretient un rapport consubstantiel et individuel avec l’écrit ; [même Socrate, qui n'écrivait pas lui-même a été écrit par Platon.]

*** celle qui gouverne, de nos jours, tous les procédés publicistes et d’affichages : succès garantis immédiats, sans efforts, magiques quoi ! comme une crème anti-ride !

 

Et puisque vous êtes là : tous les apprentissages scolaires sont autant de profits à mettre aux prolégomènes de la réflexion philosophique, qui ne fait pas réflexion toute seule, ex cathedra, mais qui est une façon particulière d’organiser le raisonnement et qui n’a rien à voir avec un plaisant habillage et babillage, dont les enfants et même les adultes peuvent être bénéficiaires, mais qui n’EST PAS de la Philosophie. Et puis, franchement, les chérubins, déjà présents à l’école autant d’heures par jour que certains adultes à leur boulot, n’auraient-ils pas un droit à souffler un peu aux heures de relâche ?

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article