inactualités et acribies

Se mettre au cau.

27 Février 2020 , Rédigé par pascale


        Il y a des matins où l’envie vous prend d’auchéner la vie. L’agiter comme on le fait d’un clou qu’on veut ou qu’on doit arracher du mur ; on sent que ça vient juste par l’agacement que l’on prend à convenir que ça ne vient pas. Ou pas assez. Ou pas encore. On n’en est pas à houiner, ni à chemicher, mais si l’on pouvait ramicher sa mise, on ne serait pas mécontent. Intrus, ne passez pas trop près, il se pourrait que je vous rababouine, un de ces petits gestes fort désagréables, sans dégât apparent, qu’on ne sait pourquoi certains parents infligent à leurs enfants avec un plaisir sadique, leur frotter la figure à contre-sens !

          D’un chêne que l’on étête, que l’on éhoupe, que l’on écime, chaque an avec application pour qu’il ne donne pas son ombre, on dit qu’il est ronsse. Il ne peut ainsi devenir bois pâni, et s’il y a quênée, elle n’est alors qu’assemblement de quênots — qui n’est pas le masculin de quenottes, même si par la magie des assonances tintinnabule un brin d’enfance — des chênes que l’on empêche de croître et de s’épaissir pour ne point assombrir ce qu’ils touchent. Ce n’est pas sans rapport avec ce qui précède, dans l’écho que l’on oit d’auchéner l’arbre vaincu du roseau qui plie sous la pluie, autrement nommé yeuse ou rouvre, dont le rassemblement fait la rouvraie — il n’y a pas de yeuseraie à notre connaissance. Yeuseraie, il est vrai, obligerait à y regarder de près.

          Aussi le rapport. Il est d’ombre ou d’ombrée, cernes gris que chacun avec soi emporte et déploie à l’envi autour de ce qu’il touche, qui le touche ou vient le toucher. On peut se prendre à guigner le chêne auquel quelques mouvements de tronçonneuse appliqués donnent le coup d’arrêt fatal à tout ombrage possible — autre image fantomatique de lui-même, sombreur en demi-jour, simulacre plutôt que reflet — par taille de ses frondaisons. Il est des jours pourtant, ou parfois des matins, où deux désirs contraires nous rendent aussi boulant que des sables mouvants : que nos semblables —dont nous sommes si différents — ne portent pas leurs ombres sur nous, nous en serions tout estompés et momentanément chagrins ; mais que la nôtre s’étende suffisamment loin pour ne plus les atteindre, nous garantissant une caponnière dont nous serions seuls à disposer du mot de passe de sortie — et son usage quand il nous duit — celui qui fait passer, avant de trépasser, du monde de soi à l’ombre des autres. Sans avoir ce sentiment étrange de marcher de biau, ayant mis ses chaussures au mauvais pied. Et tenir en main, toujours, l’indispensable albute, branchette de sureau dont les enfants se servent pour jeter de l’eau au nez des passants. Chacun fait ce qu’il peut pour se protéger des êtres malévoles, depuis qu’est proscrite la dossée, quand elle signifie une volée de coup de bâton sur le dos, encore réservée aux bouris.

     Il y a des matins et des jours et des soirs, où se mettre au cau, reste la seule proposition raisonnable à vouloir pour soi-même. Et pour ceux qu’on aime.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article