inactualités et acribies

Sauvage, fleurie,

8 Juin 2020 , Rédigé par pascale

 

- la côte bas-normande-

 

    Les lambeaux landeux, hébergés par la grève, entre des guirlandes de travertin humide à peine visibles sous les tussilages et les grandes prêles joyeuses, s’envasent. La patience des rochers, invisible, énigmatique, silencieusement adoucit le sol épaissi d’embruns, rose vif devenus par brasure des dernières flaques de mortes-eaux et des premières lueurs de lune rousse.

      Petits, des trèfles nombreux, oubliés par les rares promeneurs et solitaires, des trèfles à ras de sable, ou des lotiers que l’on dit annuels, accompagnés d’un occasionnel orpin venu des outres rivages, porté par les vents violents de l’hiver, des trèfles drus endurent avec les joncs décapités et cette étrange goutte-de-sang pourtant couleur de sable, les saisons irascibles. Le genêt velu, au sol couché, modelé dans les courants de l’air toujours vif, écrit des landes modestes à la fin de l’été, en bord de ravins eux aussi minuscules, des landes taillées pour qu’une seule main y puise un peu d’eau verte, marron, argentée, abandonnée là par le mouvement des vagues refluantes, qui, une fois le jour et l’autre la nuit, redescendent jusqu’à l’horizon courbe. Au loin, une ormaie. Il suffisait de se retourner.

     Des dunes simples ou montueuses, d’étroits cordons sableux mènent — évitant les laisses traitresses — aux limites indistinguées de l’eau et de la plage, où se sont, parfois, d’antan, installées des euphorbes péplides, et avec elles entre les galets, le pourpier de mer. Opiniâtrement les fragiles levées de sable luttent pour se fixer, qu’on appelle dune blanche avec l’oyat vert tendre, vert pâle, entouré du chardon bleu, alors que la grise, elle, se couvre de violettes naines. Le soir, les plages irisées empruntent à la terre dont elles ne sont par rien séparées, des orchis, piloselles et quelques renoncules parfois, et le très rare séneçon en ces lieux.  Abrités dans des petits creux que les gens de là-bas appellent des « mielles », des pâturages poudrés de sable coquillier se mussent. Selon que l’humidité l’emporte, qu’elle vienne de la rosée ou de la pluie, la dune — la grise — recouverte de tortules touchées dès la première goutte, se fait brun noir ou vert foncé. Des troènes, ajoncs, sureaux mais aussi argousiers, entremêlés et rabougris par les vents, ont sculpté de bas buissons ici, d’inextricables fourrés là-bas.

       Il faut voir les fleurs blanches du rosier pimprenelle couvrir, au mois de mai, le sol pauvre sur lequel il s’est couché, serré, s’est fait rampant, se protégeant et ce qui l’entoure des souffles puissants des vents portant sables et eaux. Les estuaires, les baies, bordés de granites et de gneiss, ou couronnés de grès, courbes dans les havres entre des flèches sableuses et sinueuses à leur tour, délinéent des courants immobiles, aux algues serpentines. L’eau remplit le moindre pore au sol et l’asphyxie. Parfois, quelques tiges encastrées, tel un bois de pins pongien minuscule, forment un peigne entre les dents desquelles s’arrêtent les débris rapportés par les eaux montantes. Derrière lui, pour qui regarde la mer, commencent les prés au goût de sel qu’une prochaine bruine dessalera un peu. Mais jamais n’ôtera le petit réseau des marigots vaseux qui se reflètent aux ciels de traîne.

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D
Des mielles où il fait bon se musser. Pour oublier le confinement.
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P
Certes, mais on ne doit oublier que ce qu'on contre quoi on a lutté ; il y a deux confinements possibles, l'ennemi et le favorable. Le second est fécond. Surtout dans les sentiers sauvages et fleuris. Merci Denis.