inactualités et acribies

Mélanges, miscellanées, miettes -9-

14 Mars 2021 , Rédigé par pascale

Avec ces miettes, mélanges et autres miscellanées je vais de soque et de besoque. Comme il est réjouissant que ces mots inconnus nous disent pourtant ce qu’il nous faut entendre !

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Toute échéance n’est-elle pas un échec ?

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Il pleut à toute écrase. Le ciel se moque de nous, cumbeli-bordaine ! On croyait bien pourtant, selon le calendrier lunaire, que cela allait changer. Las ! Le temps s’embrouille à cœur de jour, ce qu’on appelle le débat de la lune. Mais il existe un mot, un seul pour dire tout cela – trois syllabes, rythme syncopé, c’est bien – qu’on ne brinotte mais écarbouille – oui, écarbouille – entre ses dents : le hernuement.

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Les références ostréicoles (suite) :

« D’une argentine coquille/Qui fais endurcir la peau/D’une perlette d’eslite/Et la franche marguerite/Prendre couleur de son eau » (Remy Belleau – 1527-1577 – in Huistre)

Et aussi :

« (…) où l’huître gris pomme/exhale sa saveur entre deux diatomées/écho lointain et mol du béryl émeraude ». (Raymond Queneau in Chêne et chien.)

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Idem ibidemque : (ils) gambillaient les étoiles.

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La bibliuguiancie répare et restaure les livres précieux endommagés, un art bien plus beau que son nom.

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Etymologiquement, l’incandescence porte toute chose à blanc. Comment est-on passé au rouge ?

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Si on lui rabotait son ventre rond, la mouette serait-elle muette ?

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Je ne suis pas loin de penser que Valéry a raison de dire « Dans les plus grands émois, respecter les subjonctifs » (in Cahiers -II- Pléiade p. 1169) : une maîtrise de soi qui éviterait bien des excès (voir plus bas).

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Au fond, l’araignée vit dans le vide – grenier.

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Le darwinisme est recalé dans les questions de style où le mot le plus fin l’emporte toujours sur le gros.

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Douer, un verbe à sauver pour que nous douassions nos écrits d’intrigants nuanciers.

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Quel magnifique, élégant et délicat hommage celui de Gérard Macé à Starobinski, dans une lettre du 9 novembre 1989 (il y en a 25 conservées aux Archives littéraires suisses de Berne) : « (…) j’admire [la façon dont] votre savoir (qui m’intimide et m’enchante à fois) ne fait jamais obstacle à la vibration de l’écriture ». J’appelle cela une rencontre définitive, il ne peut y en avoir qu’une ou deux dans une seule vie. Elles décident de tout le reste.

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         Exercice de style (1)

         Ils en étaient baba ! Nana arrivait dans le froufrou d’un tutu couleur bonbon, un bibi sur la tête ; même au milieu des flonflons, elle détonnait ; ni tam-tam, ni gri-gri, elle se dirigeait dare-dare vers la cabane à joujoux, et là, sans faire de chichi elle avertit du tac au tac : c’est donnant-donnant, le chow-chow en peluche contre le Dodo en plastique !

Mon autocommentaire : et bou et ba, turlututu (ces derniers empruntés à Aragon, in Traité du style)

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La robe de chambre de Diderot, la redingote à jupe de Barbey d’Aurevilly, la sandale d’Empédocle, le vêtement de lin blanc de Pythagore. Mais l’habit arménien de Rousseau, citoyen de Genève ?

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Du XVème au XIXème siècle, la Morgue de Paris est un lieu ouvert à tous. Les badauds peuvent y observer les dépouilles non identifiées exposées derrière des vitrines, des verrières, à la prison du Grand Châtelet, où, lorsqu’une personne était trouvée morte en dehors de son domicile, ou qu’une identification était impossible, sa dépouille était entreposée à la vue du public dans une petite pièce à l’entrée de la prison. Cette salle portait le nom de « morgue », qui signifie « visage », puisqu’on pouvait y venir jeter un œil par une petite ouverture pratiquée en rez de la chaussée et tenter de reconnaître – dans le meilleur des cas grâce à son visage – un proche ou une connaissance disparus. Ce but de promenade très couru des familles fut déplacé au quai Marché-Neuf, n° 21, au début du siècle 19ème (d’après un texte de 1860).

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Une seule chaussure est-elle impaire ?

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Selon le pape Pie X qui le reçut en audience privée en 1912, un curé qui s’appelait authentiquement Louis Bethléem aurait accompli une œuvre magnifique — opus mirificum, en langue vaticane. De quoi s’agit-il ? Sous le titre qui fait déjà programme et presque pénitence Romans à lire et romans à proscrire il rédigea environ 450 pages de classements « du point de vue de la religion » de tous les romans – c’est lui qui le dit, mais surtout de leurs auteurs. A parcourir ce monument de censure – il est en effet impossible d’en venir à bout – on se demande si l’abbé Bethléem a lu tout ce qu’il a ordonné : Sade n’y est, par exemple, pas si mal placé.

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Il y a peu de temps, dans le journal local et la même journée, on parlait, pêle-mêle, de grues cendrées, hérons, du sticliit et didelitt du chardonneret ; de l’ambroisie à arracher sans barguigner – pourtant ! avec un si joli nom ! – de la menace du xénope lisse et de l’écrevisse américaine qui l’emporte depuis peu sur celle de la région. Cette dernière, l’écrevisse yankee, retint mon attention parce qu’elle fait métaphore pour la langue française qui, par la toute-puissance des imbéciles, mériterait leur moquerie haineuse. Pensez donc ! on peut écrire en français correct qu’il eût fallu qu’ils écrivissent. Quelle marrade ! alors qu’on dispose d’expressions toutes faites (OK !) et de pouces levés pour signifier au monde entier qu’on est unis dans l’inscience.

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Et puisque le ton est donné – toujours dans la presse – on a pu lire, il y a peu, les âneries suivantes : « (après les) inondations sur la Charente une lente décrue s’amorce. » Notre embarras atteint des sommets : la préposition sur ayant évincé toutes les autres (écoutez bien comment on n’a plus qu’elle désormais quoi qu’il se dise) les effets seraient cocasses s’ils n’étaient aussi stupides, voici la suite : « sur la ville de 25 000 habitants, quelque 680 personnes évacuées sont passées par la mairie pour une aide au relogement ». J’ai, immédiatement, envisagé le dessin de presse suivant, genre Cabu : survolant une ville et le fleuve (la Charente) lui-même inondé (et pas inondant !) 680 personnes s’engouffrent dans une mairie et ressortent de l’autre côté. On ne sait pas, finalement si l’aide au relogement y était.

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Villiers de l’Isle-Adam affirmait déjà (in Poèmes pour assassiner le temps) : « Moins on parle français/Plus on a de succès ».

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L’inscription à la base d’une stèle, ou hypogramme, dans les dictionnaires de grec classique, terme qui désigne aussi le pigment utilisé pour le maquillage au-dessous de la paupière.

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« Le mur mange peu à peu les mots qu’on lui confie ». Henri Calet in Les Murs de Fresnes – 1945. Un livre dont les pages se tournent dans l’émotion lente et retenue de qui visite le lieu de tous les désarrois, de toutes les détresses. Livre auquel je reviendrai. On revient toujours à Calet. (Merci à qui me l’a offert, il y a peu, et se reconnaîtra).

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