inactualités et acribies

« Les lois de la physique en ont décidé ainsi. »

2 Août 2021 , Rédigé par pascale

(les expressions de l’été, 4ème)

 

         Certes, l’affirmation n’a aucun caractère estival, mais je la lis en ce jour deux – 2 – du mois aoûtien que j’ai décidé de consacrer, à débit fréquent et de façon décontractée à ce qui vient à ma connaissance par les moyens faibles, futiles et inattendus d’une oreille ou d’un œil qui traîne, et même les deux.

         Je le dis sans barguigner, cette affirmation est de celles – il y en a beaucoup – qui m’exaspèrent comme symptôme des ravages que font à la précision, à l’acribie, les formulations les plus éculées en même temps, c’est logique, que les moins informées. De ce qu’on ignore on ne devrait rien dire. Wittgenstein me/nous fait un clin d’œil, qui passe à la moulinette autant ce que nous disons, que ce que dit ce nous disons. C’est très clair ! Une fois encore, c’est un titre d’article qui me donne matière à dézinguer ces propositions empiriques générales qui valent pour nous comme certaines, (Wittgenstein, De la certitude, § 273) surtout si l’on croit qu’elles ont valeur scientifique.

         La physique n’a et ne constitue aucune loi. Voilà un préalable apodictique et impératif. La physique n’a ni conscience ni langage, ce sont les humains qui les lui donnent, qui l’habillent de leurs mots et de leurs chiffres, lesquels d’ailleurs, au cours des âges n’ont pas toujours dit la même chose. La Physique ne se connaît pas elle-même comme physique, premièrement. Elle ne décide de rien, deuxièmement. Et même elle n’est rien, troisièmement. Il eût suffi d’autres signes arbitrairement inventés par les hommes – chiffres et lettres – et autres systèmes de références, pour que la Physique ne soit pas ce qu’elle est (nous avons au moins une analogie avec les géométries non-euclidiennes, mais il s’agit de mathématiques). Tout ce qui échappe à l’humain n’est rien, puisque sans conscience immédiate, ni évidemment conscience réfléchie pour s’en saisir. Aussi, la Physique – qui est l’étude et/ou l’observation de la nature, n’est rien. La même phrase, les lois de la nature etc. plus fréquemment entendue encore, est tout aussi fautive. La nature (on se souvient du mot grec qui la nomme, phusis) n’est qu’une lecture, un déchiffrement, un travail de la rationalité, une signification parmi tant d’autres de ce qui nous entoure – mais c’est immense, et désigne bien la puissance de l’esprit de l’homme eu égard à tout ce qui existe ! – elle n’a inventé ni ne connaît aucune loi, per se, par elle-même ou d’elle-même, celles dont on dit, pourtant, qu’elles sont les siennes. Il n’y a que des phénomènes humainement observés, étudiés, traduits soit en expérimentation, soit dans le langage abstrait de la théorisation. La physique, la nature, ne connaît ni la loi de la gravitation, ni de la chute des corps, ni l’influence de la lune sur les marées, ni le point de température auquel l’eau bout, qui n’est pas le même avec Celsius ou avec Fahrenheit, tandis que l’eau commence par frémir puis frissonne puis bouillonne, parlez-en donc aux écrevisses. Seuls des hommes qui se sont dotés eux-mêmes de moyens pour mesurer, calculer, raisonner, traduire en lois (ah ! le pouvoir de ce mot qui arrête toute analyse ! dès qu’on l’affuble visiblement ou de manière sous-entendue, de l’adjectif scientifique, qui, c’est quand même un comble, agit alors de façon magique !).

         Qu’on ne se méprenne pas sur mes propos, les lois de la physique ne sont pas fausses, elles ne disent pas n’importe quoi – y compris la biologie, la chimie, et tout ce que les sciences expérimentales les plus pointues comptent pour objets d’étude – mais l’expression tant rabâchée comme un mantra, ne dit pas ce qu’elle devrait dire, laissant entendre que par autonomie, la Nature détiendrait, invisiblement, des/ses lois, que l’humain aurait découvertes, et dont il se réclamerait pour justifier les évènements – macro et micro – qui arrivent et qu’il appelle, ici, Physique. Or, ce qui arrive, et aussi ce qui n’arrive pas, n’est saisissable que par une intelligibilité dont seul l’homme a montré qu’il en est pourvu. La physique, la nature, n’a pas rédigé les lois qu’on lui rapporte, n’a pas calculé les chiffres qu’on lui attribue, n’a pas concocté les axiomatisations qu’on lui destine. Et aucun des traités d’épistémologie que j’ai à ma disposition – encore en vrac, mais je reparlerai de ce traumatisme livresque qu’est un déménagement – n’a été écrit par un non-humain : un nuage pour fixer les lois climatiques ; un neutron pour les lois atomiques ; une pierre (merci Spinoza !) pour celle de la chute des corps, ou une feuille d’arbre pour la fonction chlorophyllienne ; un grain de sable pour la réverbération du soleil sur les micas de la plage ...

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