inactualités et acribies

Reprenons nos Ân(imal)eries,

14 Août 2021 , Rédigé par pascale

 

(les expressions de l’été, 7ème)

 

                                               là où une balade aléatoire, mais fort bornée – aux seules exigences de la philosophie et de la littérature – accosta il y a quelques jours. Devant nous un bourriquet, grusinant les fleurs de rhétorique à pleine dents. Caché à l’ombre d’un poirier – il faudra bien y revenir, mais le poirier a plus qu’une existence, il a un destin en philosophie – notre petit âne blanc, car telle était sa taille, telle était sa robe, apparut un certain dimanche d’un joli mois de Mai en ville. Le citadin n’en croyant pas ses yeux, mais le reconnaissant bien à ses oreilles, longues comme celle du roi Midas, fit masse avec ses semblables pour l’observer, sur un char, auguste version de la charrette et du charroi. Pour être véridique, ce qui se doit dans toutes les édifications morales, le véhicule avait forme d’urne. Non point un de ces vases funéraires affichant un étonnant souci de redevenir cendres, ce que nul vivant pourtant ne fut jamais, mais l’urne de la votation du peuple souverain depuis qu’il étêta le droit divin et ses retombées insoupçonnées ex cathedra.

Pourtant, le peuple de la capitale avait été prévenu. Ce passage en ville, un jour d’élection, lui fut annoncé par voix de presse, mais, l’incrédulité et la paresse ont leurs raisons que le militant ignore. Le bien nommé journal La Feuille – dans son édition du 8 avril 1898 – battait le rappel en termes énergiques, conspuant les votards et les abstentionnistes dans une commune harangue, mais pas du tout pour les mêmes motifs. Les seconds comme victimes d’un système qui ne les prend pas en compte, les premiers comme complices volontaires ou malgré eux, des pouvoirs. Aussi – et sans reprendre l’analyse politique méritante de Zo d’Axa, notre anar ânier du jour – revenons à notre blanc aliboron juché sur son urne. Blanc parce que Zo d’Axa réclamait haut et fort que le vote du même nom fût reconnu et compté dans les suffrages, mais aussi prénommé Nul, tout le monde aura compris la manœuvre sémantique. Jamais Alphonse Gallaud de la Pérouse à l’état civil, ne fut en reste de formulations : Je n’aime pas flagorner le peuple. Voilà le candidat qu’il mérite. À Rome, aux jours de la décadence, la plèbe acclamait un cheval consul.

Le 3 mai 1898, le n° 11 de La Feuille présentait la profession de foi électorale de Nul, de vieille famille française (…) quatre pattes et du poil partout, l’âne blanc qui anathématisa l’électeur qui croit, bêtement, qu’on recueille son vote alors qu’on le cueille : Vous n’êtes que des fruits … des Poires. (ce n’est pas moi qui souligne). Deux semaines plus tard, Zo d’Axa revendiquait l’élection de l’âne au nom clair de Nul, par confusion synecdotique entre l’électeur et l’élu - ayant voté pour un candidat officiel le peuple se fit âne lui-même - et n’a pas de mots assez durs pour désigner cette abdication collective. Suivent des envolées audacieuses, ou totalement irresponsables en ces temps, contre le Suffrage universel.

Le 30 Août 1930, l’impeccable révolté mit, de lui-même, fin à son interminable insoumission sur cette terre.

 

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