inactualités et acribies

Broquille d’un Dimanche, l’après-midi.

24 Octobre 2021 , Rédigé par pascale

 

 

Il y a, dans ces lignes, quarante40 – emprunts volontaires au même auteur mais à divers textes et œuvres ; cela va du mot à l’expression, voire à des tronçons de phrases … Si l’écrivain est facilement identifiable, aussi une partie des 40 dettes obérées, le tout sera-t-il détecté ? Il faut dire, pour ne pas trop décourager le joueur, que j’ai picoré à livres ouverts … aussi, il n’est même pas question – sauf pour quelques repérables et archiconnus emprunts – d’indiquer les scènes de crime. [Je n’ai, bien sûr, tordu aucun accord, falsifié aucune syntaxe, j'ai respecté les temps des verbes et la ponctuation co-pillés : mon défi. Encore un exercice de style.]

*

 

Derrière le Bois de pins, la maison paysanne est quasi invisible. Il faut presque atteindre son seuil pour en apercevoir la fenêtre et son volet battant. Autrefois, il y a longtemps, il arrivait que le fumet d’un plat de poissons frits s’en échappait ; aujourd’hui, il faut y pénétrer pour voir l’assiette, la cruche et la bougie encore disposées sur la table. Au sol, la lessiveuse qu’on imagine avoir dû fumer comme cheminée d’usine. Bien sûr, la radio ne grésille plus depuis longtemps, et l’appareil du téléphone muet à jamais. Un cageot vide gêne le passage vers l’escalier qui monte à la seule chambre que jouxte un petit grenier. Par la porte, on aperçoit dans une valise crevée, un galet incongru ici, peut-être un souvenir de voyage au bord de la mer, sur une chaise dépaillée, un édredon éventré, et dans un cendrier crasseux, un mégot de cigarette. On hésite, pour l’occupant des lieux, entre un ermite, un fugueur, un descendant lointain de Merlin l’enchanteur égaré au début du siècle précédent : toutes les choses ici sentent le double parti pris d’une frugalité résolue concédant deux touches de progrès figées dans la dernière simplicité : la demeure et son demeurant n’en étaient pas encore aux machines à laver, au magnétophone et au rasoir électrique.

C’était un cinq septembre, à l’heure où le ciel hésite entre la nacre et l’ardoise. La maison d’une seule pièce à cheminée froide avait beau être vide, désertée peut-être bien, on imaginait des bouillons du linge encore fripé avant le repassage. On ne sait pas vraiment pourquoi quelque chose du premier chapitre des Misérables revenait en mémoire, tandis que s’envolaient, dérangés, quelques oiseaux habitués en ce ciel. Imperturbable dans sa déambulation, un escargot avançait le barothermomanosismographe de sa pensée sur la terre grasse arrivée jusqu’au seuil en déroulant ses tapis piquetés d’herbettes. Regardant depuis l’intérieur vers ce qui fut un jardinet, des arbres fruitiers – pour l’essentiel des poiriers – oublieux des sévères, rigoureuses amputations successives auxquelles ils sont soumis, portent dorénavant sur leurs troncs des couches de mousses qui les font ressembler à des vieilles rocailles, ou à de vieux rochers.

De la faune et flore, ne restent, avec les poiriers redevenus sauvages qui affolent la guêpe, ne restent que des mûres et un lilas dont on ne sait plus rien ; la petite mare croupit, désertée par la grenouille, inimitable pour chanter une ode inachevée à la boue. Il faut bien le dire, tout cela est à la fois beau et inquiétant. Au moment de tourner talon, tel un dragon chinois, d’un vieux pan d’un vieux mur surgit un chef-d’œuvre de la bijouterie préhistorique : le lézard et son petit train de pensées grises.

 

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M
Je savais qu'il s'agissait de Francis Ponge, tout en ne l'ayant pas lu de façon approfondie.
Je voulais vous dire que mes heurts avec les poètes sont parfois suscités par d'autres, ainsi que vous le faites
de haute manière. Après, ils ne me quittent plus
Bien à vous
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P
Je forme le vœu que F.P vous soit d'une compagnie sans faille et sans déception. Loin du lyrisme attendu au titre d'une idée précédant la rencontre avec les poètes en particulier au nom d'une certaine idée de la poésie en général, son usage des mots est un usage du monde.
M
Comment ai-je pu passer à côté ? Un faux pas
J'allais écrire que je le connais par "oui-dire" ou "ouï-lire" avant que je ne me ravise. Vous m'auriez définitivement voué au rang des personnes infréquentables alors que "ouï-dire" ou "ouï-lire" à vous comme à lui vont si bien.
Un poète de ma connaissance m'avait fait découvrir Guillevic, entre autres, vous m'incitez à fréquenter celui-là.
Merci. Ainsi va la vie heureuse.
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P
Il n'est donc pas Guillevic, qui vécut à la même époque cependant.
Mais, infréquentable, vous ? non point !
Mon poète caché au milieu de 40 indices comme Ali Baba et ses voleurs, est l'un de ceux que je vénère pour sa relation si particulière aux mots et aux choses. J'ai tellement tourné les pages de certains de ses livres qu'elles se détachent toutes, et me fallut les racheter, sans me séparer des autres, évidemment !
Merci à vous.