inactualités et acribies

Le genre flottant

24 Novembre 2021 , Rédigé par pascale

 

Son idole venait de tomber ! Quelle déception ! La coqueluche des élèves n’était finalement qu’une sombre brute, une canaille, une crapule en un mot, elle avait fait de ses têtes de Turc, autant de victimes innocentes. Aussi, on ne cachait ni son dépit ni son désarroi : vedette et fripouille tout ensemble, la nouvelle figure du lycée, star inconditionnée des plus jeunes et étoile montante des préaux et du réfectoire, n’était, finalement qu’une estafette au service d’une personne extérieure, une ordonnance sans foi ni loi, une recrue vendue au capitalisme le plus bas. Pendant de longs mois, tout le monde fut sa dupe, c’est-à-dire aussi sa proie, voire sa créature. Mais on établit un jour que la célébrité de cour de récréation, n’était qu’une marionnette à la solde de la fine fleur de l’exploitation bonbonnière, quasiment une élite en la matière ! Toutes les confiseries obtenues par séduction, ruse et tromperie, n’étaient pas du tout destinées à améliorer l’ordinaire des personnes âgées de la Maison de retraite d’à côté, mais à sa propre consommation et celle de ses arpètes. Paul était bel et bien un pignouf véritable !

*

Tous les substantifs ci-dessus en italiques, sont du genre féminin et sans la moindre chance de les « masculiniser » en vue d’une équité grammaticale introuvable.  Y a-t-il offense à dire et écrire qu’un pignouf est une crapule, ou Gaston une victime ?

Livrons-nous cependant à la tentation inverse suivante : la « féminisation » de substantifs masculins, si Adèle est, cette fois, le sujet grammatical  des phrases suivantes :

 

Adèle était bourreaue de son métier, parce qu’elle adorait les bébées et les petites enfantes. Seule une fille, disait-elle, devait trancher la tête d’une fille, surtout une assassine de marmotes. Et toutes les escrocques, margoulines, malfrates et autres malandrines n’ont qu’à bien se tenir. Adèle sera toujours là pour défendre ses semblables des chenapanes, sacripantes, tyranes et autres voyoues … Qu’on se le dise !

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- Mais quand va-t-on enfin saisir que le féminin grammatical 1) ne correspond pas forcément à la gent féminine – Gaston est – répétons-le haut et fort – une personne et Adèle un individu. 2) qu’il ne suffira pas d’ajouter un « e » ou de le soustraire pour modifier les rapports entre les hommes et les femmes 3) ni de l’inclure, ce verbe qui signifie aussi, rappelons-le, enclore, enfermer … Et dans cette lamentable trouvaille, - iel - le « e » que l’on veut réparateur de tous les oublis de genre, le « e » qui fait médicament, est bel (le) et bien « coincé » entre les deux lettres du il. « Elles » ne l’ont pas vu ?

         - Pourra-t-on éviter qu’une femme médecin ne devienne une médecine ; une femme pèlerin, une pélerine ; une femme qui soutient une équipe, une pivote ; une femme qui colonise, une colonne ? J’aime bien me souvenir que le mot gens est masculin au pluriel – les gens heureux – mais féminin s’il est précédé d’un adjectif qui s’accorde, par avance si l’on peut dire – les bonnes gens, les vieilles gens –  redevient masculin si l’adjectif repasse derrière lui – les gens ennuyeux – et l’on peut panacher – les bonnes gens sont ennuyeux – ; disons qu’alors tout le monde est servi !

            - Et si le majordome est une femme, me souffle l’espiègle* de service, doit-on dire une majordame ?

         *je précise avoir cherché un synonyme épicène de « facétieux » qui me vint d’abord sous la plume, car, horreur ! de genre grammatical masculin, il est suspect d’exclure la moitié de l’humanité. Il fallait aussi qu’il commençât par une voyelle pour élider et même éluder, l’article le supportant la même faute de bannissement. Espiègle remplit toutes les cases, comme il faut dire dorénavant. J’en profite aussi pour ajouter que le contournement des injonctions infondées qu’on voudrait nous voir adopter sans mots dire bien qu’en les maudissant, peut mener à d’intéressantes et utiles recherches synonymiques. Lesquelles sont aussi fort utiles pour éviter l’anglobal. Et d’ajouter que ces oukases d’un nouveau genre – c’est le cas de le dire – montrent à quel point la langue française est d’écriture et d’oral. Essayez-donc de dire, de prononcer à haute voix et à l’entour qu’iel.s ont été courageu.se.x  et d’arriver, je n’ose écrire, à bon port. Corneille revient, ils sont devenus fous !

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