inactualités et acribies

Mélanges, miscellanées, miettes - 17

5 Mai 2022 , Rédigé par pascale

 

De Tapon-Fougas, l’un de ces délicieux Excentriques disparus de Simon Brugal (alias Firmin Boissin 1835-1893) – chez Plein Chant, Imprimeur-Éditeur dont on ne louera jamais assez le travail magnifique, amoureux et nécessaire – cette imparable formulation à propos de la parution hebdomadaire de son pamphlet Les Taons vengeurs : « Nos abonnés ne sont pas encore très nombreux ; mais nous en avons un ».

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Dans la presse récente et locale : « Les Amis de la bibliothèque peufinent (sic) leur programme d’animations. Après avoir annoncé un nouvel évènement mis en place par un nouveau comité de lecture (un grand prix des lecteurs dont le Portugal est invité (re-sic !)) ; rappel des horaires de la bibliothèque : mercredi de 16 h à 18 h et samedi de 10 à 12 h. » Tout est donc nouveau et renouvelé, sauf les amplitudes horaires et les progrès à l’écrit.

Un peu plus loin : « Les daims de – ici le nom de la localité qui a quelques-uns de ces ruminants – sont sauvés de l’abattage suite à un élan de solidarité ». J’hésite entre crédulité et incrédulité. L’élan était-il volontaire ?

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Très en colère, il sortit de ses gonds et exigea que l’intrus prît la porte.

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Entre l’éphéméride du jour et la pandémie mondiale, je choisis la 3ème roue du carrosse … trois expressions entendues de visu oserais-je dire – et séparément, il est vrai –mais on me taxerait de mauvais esprit. Moi ? jamais !

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Il est formidable, en français, que le verbe nier et le mot rien usent des quatre même lettres en désordre – encore un effort et c’eût été un palindrome – pour se faire écho ; j’ai la faiblesse de m’en étonner toujours, avec tant de choses ordinaires ou simples qui ne surprennent plus personne. Comme enfoncer un bouton lui-même enfoncé dans un mur et obtenir que la lumière soit. Et encore ! d’aucuns me diront que je suis en retard d’un demi-siècle puisque, dorénavant, il suffit de taper dans ses mains.

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Nous avions perdu l’écrevisse, sans que je m’en rendisse compte ; elle fit tout pour revenir me demander que j’écrivisse quelques mots, quelques signes pour lui rendre son honneur. Aussi, j’ai le plaisir de faire savoir que l’écrevisse, qui en bas-latin se nommait Scrophula, se disait aussi en vieux français Écrouelle – mot dont la corruption a probablement donné Écrière (qui désigne aussi un tout petit crustacé d’eau douce du côté de Valognes (Manche) où l’on prononce même Ecrelle).

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Dans l'inachevée série, au journal « on a laissé la plume au(x) stagiaire(s) » :

  • « Le locataire des lieux a réussi à sortir avant l’arrivée des Secours. Compte tenu de la fumée, tous les résidents ont été invités à se regrouper en bas de l’immeuble. » Je propose : le locataire a pu sortir avant l’arrivée des secours. En raison de l’épaisse fumée, tous les résidents ont été regroupés en bas de l’immeuble. (Je veux bien remplacer le stagiaire.)
  • « Le groupe « Bien vieillir » du Centre socioculturel de (bip) organise à nouveau un ciné-seniors jeudi 7 avril à 14 h 30 précises. Le film de Thomas Gilou, « Maison de retraite » a été choisi par le collectif. Il retrace avec humour la vie au sein d’un Ehpad. Le tarif reste inchangé, 4 €, film et goûter. » Choix parfait ! Et le goûter pour souvenir d’enfance. Formidable ! Et là, je manque de mots, c'est tout dire.
  • « Ce déstockage a été suivi avec attention par Simone M. qui gère la bibliothèque avec passion et beaucoup d’attention : le mercredi et le samedi, jours d’ouverture, les salles n’ont pas désempli. Des amoureux du papier de tous âges ont fait leur choix et le stock a diminué de jour en jour. »  Qui sont « de tous âges » les amoureux du papier ou le papier lui-même ? J’ignorais qu’on allait à la bibliothèque pour le papier. Je pensais, naïvement, que ce pouvait être pour les livres. L’art de la synecdoque n’est pas donné à tout le monde. Pas aux bibliothécaires à l’évidence.

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Mon esprit vétilleux, pointilleux, un tantinet sourcilleux se demande toujours si l’on ne fait pas une faute de logique en remarquant que tel ou tel a fait des efforts insurmontables. S’ils sont insurmontables, comment a-t-il bien pu y parvenir ? L’expression ne devrait-elle pas être un peu rabotée ?

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Si un tire-laine est un voleur de manteau, comment un voleur de porte-feuille pourrait-il s’appeler ? un tire-arbre ?

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J’aimerai tant que l’on emploie un peu plus le doux verbe douer : je doue etc. ils douent … serait-il désuet, comme on se plaît tant à qualifier la rareté dans les dictionnaires. Mais surtout, pour avoir quelque chance – comptant sur la concordance des temps et des modes et pour agacer ceux qui la piétinent et s’en moquent – de le conjuguer au moins une fois, à l’imparfait du subjonctif. Par exemple : bien que les enfants douassent [non, j’ai vérifié « douassassent » n’existe pas ; douer, verbe du 1er groupe, c’est très simple !] donc, bien que les enfants douassent de spontanéité naturelle, leur maladresse l’emportait. Comme il ne nous reste plus qu’un adjectif, doué – à peine un participe et toujours avec être – être ou n’être pas doué – nous voilà tout chamboulés !

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in Rue de l’Odéon d’Adrienne Monnier, déjà signalé ici même : « Donc, Fargue avait sorti des poches d’un vieux paletot deux des fantaisies qui devaient figurer plus tard dans les Ludions et qu’il avait modestement intitulées : Écrits dans une cuisine. L’une, c’était la fameuse Grenouille du jeu de tonneau que Satie avait mise en musique. On l’entendait partout et toujours avec un plaisir nouveau. »

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Il faut écouter les mots, ils nous apprennent à lire en nous prenant par l’oreille ; un texte véritablement grand, et seulement celui-là, infuse en nous une plénitude musicale absolue. Les autres se contentent de l’agitation bavarde des touristes qui piétinent les mêmes passages obligés et regardent à peine : les traîne-savates de la lecture.

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A-t-on déjà remarqué que de Baudelaire à Rimbaud l’un achève ce que l’autre initie ?

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Il n’y a que le langage pour s’étudier lui-même par lui-même et pour lui-même. Il est « l’objet de sa propre analyse ». Jean Bollack – l’empédocléen magnifique – in Parménide.

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« La fonction de l'artiste est ainsi fort claire, il doit ouvrir un atelier et y prendre en réparation le monde, par fragments, comme il lui vient. Non pour autant qu'il se tienne pour un mage. Seulement un horloger » (F. Ponge in Méthodes).

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Dans un recueil d’Actes de Colloque, ceci, rédigé par un universitaire lettré et lettreux, j’ai juste barré ce qui devait être supprimé à la relecture, qui n’apporte rien au sens mais tout à la lourdeur :

On peut se demander pourquoi l’artiste a -t-il choisi ce texte qui est souvent jugé, dans les notes critiques et les commentaires sur Alfred Jarry, comme étant un texte presque auxiliaire.

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Les goélands du Groenland ne manquent pas d’air, contrairement aux apparences.

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« Où est la plume du pigeon de velours ? » - Éléonore – pas encore, mais bientôt – 8 ans. Et Armance – 2 ans tout juste – en écho : Youppie !

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Le 14 juin 1907, le journal Le Matin organisa au Trocadéro une manifestation avec pour ordre du jour : « Tous pour le vin, contre l'absinthe ».

La séance fut ouverte par le Pr. d'Arsonval très éminent scientifique : « Le but de cette séance est de dénoncer au public un péril national : l'absinthe et l'absinthisme. L'utilité des boissons alcooliques n'est point en cause : l'absinthe, voilà l'ennemi ! » à quoi fit écho un académicien non moins illustre à l’époque : Jules Clarette : « Faisons que les marchands de vin, qui ont bien le droit de vivre, vendent du vin, du vin français, du vin naturel et sain, celui que le roi gascon faisait couler sur les lèvres de son nouveau-né. Alors, ils auront bien mérité de la France ».

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Les authentiques normands et ceux de cœur et les solidaires qui passent ici, savent qu’en Normandie on dit parfois encore – assurément dans la campagne – chanir pour moisir. D’un fruit par exemple : des pommes chanies, qui veut dire pourries. Une source tout à fait sérieuse et érudite – qui a pris ses renseignements auprès des parlers locaux – nous apprend qu’arrivé au Canada, le chanir normand est devenu canir avec la même signification. [Tout cela, c’est, bien sûr, la faute au latin … canus, cani, ayant à voir avec le blanc et/ou le gris.].

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Toujours au Canada – nous n’aurons pas fait le voyage pour rien – on appelle ou plutôt on appelait – il semble que ce soit de plus en plus rare – marionnette une aurore boréale. Encore dans les années 70 du siècle dernier, certaines cartes de l’Atlas linguistique de l’Est du Canada utilisaient ce terme.

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On ignore probablement que la 1ère loi réprimant l’outrage aux mœurs fut votée en 1819. On aurait pensé qu’elle l’eût été bien avant. En réalité, il s’agissait de rectifier celle de 1810 qui visait les « chansons, pamphlets, figures ou images », où l’on constate que le livre ne figure pas : la censure avant impression étant passée par là. Dans les faits, bien des œuvres paraissaient cependant en franchissant l’obstacle – tout le monde pense à Sade ou à Parny. A l’origine, la Cour d’Assises avait seule compétence pour juger ces « procès de mœurs » intentés pour « outrage aux mœurs » à l’écrit, car, composée d’un jury populaire, elle refléterait au plus près l’opinion publique, et serait libre de toute pression politique. Dès 1822, ils furent transférés aux tribunaux de police correctionnels. On ne sait si compétence professionnelle versus compétence populaire fit progresser la liberté d’expression. On rappelle la date des procès de Flaubert et Baudelaire : 1857. L’admirable Paul-Louis Courier avait comparu, en 1821, devant la Cour d’Assises : deux mois de prison, où il fut visité par ses amis, pour sa Lettre à Messieurs de l’Académie. Il faudra bien y revenir.

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« Dans un pré dont le confin se marque d’un rang d’arbres plumuleux, une femme bleue et un enfant cachou, adossés à l’ellipsoïdal tas, se décolorent. » Superbe ! Félix Fénéon « le terrorisme en trois lignes » selon l’expression d’un … authentique inconnu ; mais, Jean Paulhan – qui ne l’est pas – le comparaît à La Rochefoucauld et Saint-Évremond. Que du beau linge !

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