inactualités et acribies

Qui ? de qui ? quand ? comment ? (2 )

21 Juin 2022 , Rédigé par pascale

 

On peut ignorer que Rubens était le Maître de Van Dick et l’ami de Breughel dit l’Ancien ; s’étonner de ce Saint Jérôme en Cardinal du même, tant l’image de l’ermite décharné, dévêtu, solitaire, est la plus prégnante dans la culture collective ; et se dire – mais comment se dire ? – qu’on s’est arrêtée devant un chef d’œuvre, puis deux puis tant, qu’on connaissait un peu dans les livres, mais dont on ignorait tout jusqu’à ce saisissement, là, ici, et pour toujours ; celui qui nous traversa, quelques autres fois, ailleurs : le Saint-Sébastien de Mantegna au Louvre (1480) ; une Vanité de Pieter Claetz présentée à Caen lors de l’exceptionnelle et internationale exposition de 1990 dont la seule pensée nous trouble encore aujourd’hui ; cette autre Vanité du même Claetz (1656), cet autre Saint-Sébastien plus tardif (1456-59) du même Mantegna font revenir intact et immédiat, un semblable bouleversement profond, jamais éteint. On peut avoir cru que la Tour de Babel *de Breughel, nous étant si familière, la brûlure de l’émoi s’en trouvera estompée, quelle erreur !  aussi Les Chasseurs dans la neige, Le combat de Carnaval et Carême, Le repas de noces, Les jeux d’enfants, Le suicide de Saül **, Le Massacre des Innocents … trois fois ponctué un silence égaré vient d’emporter vos mots.

On peut savoir reconnaître Cranach l’Ancien – c’était à Rome, la première fois ; mesurer l’infinie distance entre le fragile premier autoportrait de Dürer à l’âge de 13 ans et l’imposant Portrait de l’empereur Maximilien 1er (1519) ; on peut avoir cru soumettre son affolement, pacifier sa fièvre, tempérer ses feux, ayant déjà affronté Caravage, à Rome aussi, mais vous voilà saisie, interdite, figée là ; comment envisager que deux portraits de Van Dick – Tête de femme rousse et L’Apôtre Jude-Thadée – vous tiendraient coite, immobile, béate ; que vous alliez allonger le pas, vous apercevez plus loin – vous ne pouvez pas vous tromper – Canaletto le Vénitien ; non, vous ne vous êtes pas trompée, mais Canaletto est inoubliable, une fois suffit ; le déchirement des voiles – et non les voiles déchirées – des bateaux à quai dont on touche les jointements défectueux, le clapotis perceptible de l’eau et les vaporeuses nuances rosées et grises des ciels de La Douane à Venise. Alors, on n’aurait pas dû se dire qu’Elisabeth Vigée Lebrun ne vous retiendrait pas longtemps, tandis que des murs recouverts de Velasquez vous attendaient : les robes des Infantes, la robe de Marie-Antoinette vous subjuguent, franchissant les temps et les espaces.

Et deux inconnus se sont payés votre tête, joués de vous, ont confisqué votre attention et obligée à fixer d’impeccables lignes droites verticales et horizontales seulement dérangées par les courbures appétissantes d’une Femme à la fenêtre (1654) pour l’un ; retenir une tentation de grand rire de l’Homme à la fenêtre (1658) pour l’autre. On fit bien de ranger Jacobus Vrel et Samuel von Hoogstraten – certes, les dates ne laissent pas de choix – au Siècle d’Or, qui rayonne ici d’une joie simple ; d’aucuns expliquent que le travail y est appliqué, ce qui passe pour un défaut, tandis que l'on se gausse d'une telle mésinterprétation.

* « la grande », une plus petite est aux Pays-Bas ; ** petit format, œuvre grandissime, fascinante.

 

Avec les mêmes réserves et pour les mêmes raisons que celles formulées dans le billet précédent, je juxtapose ci-dessous ces clichés imparfaits et défectueux, saisis dans un lieu aux salles somptueuses, dont voici une partie de l'entrée :

 

(L'ordre d'apparition dans le texte n'est pas respecté ci-dessous ;  il y a des absents et des non cités)

 

 

 

 

 

                        

 

 

 

                     

 

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