inactualités et acribies

Le temps passé ... à la moulinette.

28 Septembre 2022 , Rédigé par pascale

 

Il y a (belle) lurette que la patrie reconnaissante a mis le passé-simple au rang des grands morts de la langue française avec l’imparfait du subjonctif, le présent du même s’épuisant parfois encore en état de mort cérébrale et fautive par oubli de ses règles d’emploi, tant à l’oral qu’à l’écrit, bien qu’elles aient été apprises dans une vie scolaire antérieure. Notons l’incroyable méli-mélo inventé par ceux qui refusent — pour une fois et incompréhensiblement — de chasser un subjonctif qu’ils honnissent par ailleurs, lorsqu’une proposition est initiée par après que. Mais, ayant vaguement cru entendre qu’il faut pourtant le faire au profit de l’indicatif, ils usent alors d’une ruse grossière en donnant quasi systématiquement le passé antérieur dont ils ignorent jusqu’au nom – après qu’il eut permis, dit, voulu etc. – parce qu’à l’oreille qu’ils ont fausse, il pourrait bien « passer pour » un subjonctif valable, l’absence d’accent circonflexe ne passant pas, elle, pour un crime majeur. Cela donne à longueur de charabia, notamment journalistique mais pas que : après qu’il eut donné sa version des faits etc. … quel que soit le temps de la proposition principale pour sauver l’apparence d’un subjonctif  tout en voulant « faire entendre/lire » l’indicatif pour calmer les grincheuses, alors qu’en toute simplicité et facilité, avec une principale au présent, il faut écrire et dire : après qu’il a donné sa version, son énergie, son temps, ses économies … ses légumes, après qu’il a mangé, qu’il a dormi, qu’il a maudit les pinailleuses, les acribiques etc. On résume : la question de l’indicatif après après que, doublée de la concordance des temps dudit indicatif entre propositions, sont deux opérations connexes mais différentes – au programme de l’enseignement des règles d’usage de la langue française dès le plus jeune âge, ah ? on me dit que ce n’est peut-être plus le cas ! On rappelle qu’on peut toujours détourner paresseusement mais plutôt élégamment la difficulté ainsi : après avoir donné, avoir mangé, avoir dormi, lu, et mille fois au moins avoir maudit la maudite pinailleuse jusqu’à la fin des … temps !

Mais je n’en suis point encore à l’objet de mes fourmillements : la confusion d’usage entre le plus-que-parfait et le passé-simple de l’indicatif, [ j’ai déjà dit mon incompréhension abyssale de l’indistinction courante entre imparfait et futur, avec accompagnement du présent ; là on frise la désorientation : il dit qu’il allait sortir, en lieu et place de, il dit qu’il va sortir : l’emploi d’un passé – qui s’appelle imparfait, certes ! – pour signaler une action future, me laisse sans voix, enfin, presque.]  et revenons au mode confusionnel dorénavant en circulation dans toutes les conversations et les écrits publics et privés. On ne dit pas, ergo, on n’écrit pas y compris dans la rubrique des faits divers : tel jour à telle heure « tous les membres d’une même famille avaient perdu la vie » : cette horreur étant accomplie pour toujours, on la doit reprendre au passé composé, ils ont perdu la vie (alors qu’ils étaient partis en vacances ou en balade). Il faut noter, avec une certaine satisfaction, que ce passé-composé-là, par le petit coup de pouce de son auxiliaire, prend des airs de présent atemporel et définitif et, à ce titre, que la logique, la sémantique, aussi notre intuition sont satisfaites ; qu’il soit accompagné d’un participe passé, rectifie l’illusion en équilibrant le tout en quelque sorte. Enchantement, fascination et ensorcellement des conjugaisons françaises !

A ce propos, aurait-on oublié que notre langue comporte, pour conjuguer ses verbes, quatre modes qu’on pourrait dire « actifs », cinq avec l’infinitif invariablement lui-même. [Je rechigne, en revanche, à appeler « mode » le participe, dont l’accord, quand il se fait, relève de règles substantivales.] Leurs temps sont ainsi répartis : huit (8) pour l’indicatif – on n’oublie pas les passé et futur antérieurs forts délaissés ; quatre (4) pour le subjonctif ; trois (3) pour le conditionnel, dont deux au passé ; deux (2) pour l’impératif. Ce qui fait 15 possibilités pour les conjugaisons à 6 pronoms personnels sujets, [on fera un seul et même lot pour on, il et elle au singulier, et ils et elles au pluriel, qui n’affectent en rien la conjugaison] auxquelles on ajoute les deux (2) possibilités à 3 personnes seulement à l’impératif. Récapitulons : 6 x 15 = 90 d’un côté et de l’autre 3 x 2 = 6 soit, 96 occurrences possibles de conjugaison en langue française par verbe, l’infinitif comptant pour des prunes ou des nèfles, comme on veut. Nous parlons des verbes non défaillants, les autres, que la grammaire appelle défectifs — neiger, pleuvoir, s’agir, choir … nous faisant bonheurs, régalades, plaisirs et défis tout ensemble — en nous réservant bien d’autres fils à détordre.

De cette éblouissante valse à mille temps, nos paresses et ignorances conjointes ont fait un mauvais pas de deux qui vire à la danse macabre.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article