inactualités et acribies

Mélanges, miscellanées, miettes - 19

14 Septembre 2022 , Rédigé par pascale

 

Soudain, vous entendez ceci qu’on vous dit joliment :  J’écris comme celui qui jette l’ancre et, juste après, L’encrage des mots – qui sont de deux poètes. Et puisqu’en entendant vous écrivez dans votre tête, vous l’avez reporté ainsi dans le cahier de votre for intérieur : « j’écris comme celui qui jette l’encre », pour le 1er et « l’ancrage des mots » pour le second. Ce qui ne fait ni offense ni non-sens.

Mais, le premier est Italien. Et son ancre c’est l’ancora, celle qu’on jette à la mer. Et si l’on vous avait traduit le second en italien – il est Français – on aurait dit, son encre est inchiostro (notez le masculin) et l’inchiostrazione l’encrage. L’écho que l’homonymie autorise en français, est impossible en italien. Mais pourquoi fallait-il que, dans le même instant, D’Annunzio (Nocturne) et Ponge se retrouvassent sous ma plume ?

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Je sais que je pense ne signifie pas que je sais ce que je pense. Là est toute la distinction entre le raisonnement de Descartes, d’une part, et l’entreprise psychanalytique de l’autre. Nous avons besoin des deux, la seconde se pourrait-elle sans la première ?

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André Breton, in Clair de terre

« Nous n’avons pas fini de désespérer si nous commençons. »

« A cette heure où la nuit pour sortir met ses bottines vernies » ibidem – Ligne brisée (à Raymond Roussel)

« (…) le seul parfum aimanté de la rose grise. » Ibidem – Au lavoir noir

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Lu dans l’article d’un scribouilleur qui se pique de soigner les mots, le tout emballé dans un papier journal à parution hebdomadaire, l’étonnement dudit curé du vocabulaire qui n’y connaît que pouic, lu adonc, son étonnement – à sa place, moi, je n’aurais rien dit du tout – d’apprendre que le mot biberon, vient du verbe latin bibere qui signifie boire ; il croyait (!) et le dit à ceux de la France entière qui le lisent, qu’il venait de bébé. Soit ! on peut croire des fadaises, mais lâcher ses ignorances au monde entier, c’est quand même un peu fort de café, ou de lait en poudre.

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A trop fréquenter qui voit tout en noir, on repeint son propre monde en gris, surtout si l’on a tendance à ne pas voir la vie en rose

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« Pauline passa au confessional une demi-heure fort agréable. » (Remy de Gourmont – Mauve – in Couleurs). Voilà ce qui s’appelle bien commencer un texte.

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Ce n’est pas le cas de ce qui suit, récupéré de la « présentation » d’un recueil de poésies – je n’ai évidemment gardé ni où j’ai fait ce ramassage lamentable, ni qui l’avait commis : « Un instant de poésie, magique, qui l’espace d’un instant nous fait oublier les vicissitudes du temps » ! (le point d’exclamation est de moi.) L’adjectif magique devenu insupportable tant il est servi à toutes les sauces – cela fait une indigestion – coincé entre deux instants dans la même phrase, laquelle est assaisonnée – restons dans la métaphore cantinière – des vicissitudes du temps qui (me) donnent des aigreurs d’estomac ; et là je sature l’espace d’un instant, j’aimerais tant aussi pouvoir oublier ! Wittgenstein ne disait-il pas, qu’il faut taire ce que l’on ne peut dire ?

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Mesurons bien cette évidence fort simple, aux conséquences incommensurables : l’homme est le seul être vivant qui s’habille.

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Rareté du prénom Restitude. Déjà inaccoutumé au féminin, il est masculin dans un roman d’Angelo Rinaldi – La confession dans les collines.

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On reprend toujours avec plaisir un peu de Remy de Gourmont :

« Victor Hugo prétendait ne lire que les livres que personne ne lit. J'ai une tendance à la même dépravation » (in - Le Problème du style).

« La vie va devenir de plus en plus dure pour les hommes qui ont des nuances dans l'intelligence » (Epilogues).

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En 1910, Chirico joue avec la beauté, imagine et réalise ce qu’il veut : il peint « Le Chant d’amour » où l’on voit réunis des gants de boxe et le visage d’une statue antique. Il peint « Melancholia » dans un pays de hautes cheminées d’usines et de murs infinis. Cette poésie triomphante a remplacé l’effet stéréotypé de la peinture traditionnelle. C’est la rupture complète avec les habitudes mentales propres aux artistes prisonniers du talent, de la virtuosité et toutes les petites spécialités esthétiques. Il s’agit d’une nouvelle vision où le spectateur retrouve son isolement et entend le silence du monde. – Magritte in Les mots et les images. - éd. Labor 1994 –

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« Je pense parfois que les bons lecteurs sont des oiseaux rares, encore plus ténébreux et singuliers que les bons auteurs. » Borges.

En effet, mais ce n'est pas le cas des boulimiques, avaleurs de livres, – quelle que soit leur qualité littéraire – ils ne sont pas de bons lecteurs. Ce sont des affamés, dont la voracité remplit du temps devenu indisponible pour l’analyse, et l’insatiabilité favorise l’indistinction par risque d’étouffement. Le cumul systématique chez ces lecturomanes, ces dévoreurs de livres, est celui des compulsifs, qui lisent pour lire, prenant la fin pour le moyen et inversement. Paradoxalement, leurs lectures obsessionnelles ne les éclairent pas, mais les enferment. Jamais ils n’y font référence dans une conversation policée ou instruite, jamais ils n’en retiennent quelque passage éclairant, leur esprit, strictement occupé à mastiquer du contenu, s’est étriqué au point que leur capacité d’émotion et d’admiration, de réflexion aussi, a disparu.

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Wassingue est un mot masculin pour Colette (Paris de ma fenêtrePléiade IVp. 618 : l – « le wassingue  noir » … mot déjà usité dans Le Képi : « J’allais chercher des « wassingues » et le secours de Maria. ») qui avoue – quel bonheur ! – une certaine tendresse pour Madame Vigée-Lebrun. Aussi, quand une note bien venue – ibidem, note 3 pour la page 628 – rappelle que « Plusieurs photographies de cette époque montrent l’auteur de Chéri avec un ruban dans les cheveux « “à la Vigée-Lebrun ”, disait ma mère » (Sido, t. III, p. 513) ; j’en suis toute enrosie à l’intérieur. Enrosie est ici une pure invention de ma part, à force de lire Colette, forcément, ça déteint  …

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         Et syrinx – féminin pour les dictionnaires – est masculin pour Rimbaud. De la famille des flûtes, elle est aussi – orthographiée syringe – une sépulture thébaine. J’en profite – tout est bon sur ce terrain – pour rappeler que le mot Sphynx se dit et s’écrit Sphynge au féminin – il arrive que l’on voie ceci : la Sphynxe. Enfer et damnation !

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Aujourd’hui 14 septembre, je ne suis pas la seule à l’avoir trouvée, mais je ressors chaque 21 Juin, mais pas seulement, la douloureuse expression : défaite de la Musique. Ne peux pas m’en empêcher.

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Et toujours dans la presse (locale, régionale, nationale) : Untel soutient Untel sur telle circonscription. Quand je lis cela, je vois Untel porter l’autre à bout de bras au-dessus d’un pâté de maisons, d’un nid de coucous ou du vide, faisant effort pour qu’il ne s’écrase pas en-dessous. Ah ! comme je regrette n’avoir pas la pointe agile de Caran d’Ache. (1858-1909).

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Rapportées (ou citées) par Athénée in Les Deipnosophistes :

L’empereur Trajan, se trouvant en Parthie à bien des journées de la mer, Apicius lui fit parvenir des huîtres fraîches conservées par un procédé à lui.

Ce qui s’appelle rester sur sa faim, l’anecdote cessant là.

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Jusqu’à cet instant ou presque, j’ignorais que la serviette pliée que le garçon de café porte toujours à son bras s’appelle liteau. Mais en y réfléchissant bien, aucun garçon de café ici – qui n’est pas Paris – n’en porte jamais. Faut-il ajouter ce détail vestimentaire au portrait sartrien ?

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Dans le courriel – le mail bien sûr ! – qu’un proviseur d’un grand lycée de province envoie à l’ensemble des parents d’élèves à la suite de l’agression d’une enseignante, il « apporte tout son soutien au professeure » et termine par « Bien cordialement ». Serait-on dans l’émotion, on se doit de n’être pas négligent, c’est même le premier respect. Alors 1) apporter tout son soutien, ça commence à faire petite-mécanique-non-pensée-de-premier-ministre-fatigué 2) au est la contraction de à le, donc il faut choisir : soit ôter le « e » à professeur, soit écrire « à la ». Dans les deux cas, la formule n’est pas particulièrement chaleureuse. Enfin 3) la fameuse et insensée expression qui fait prendre votre correspondant pour celui à qui vous êtes lié par le cœur – cordialement – ici plus de mille cinq cents destinataires – est, elle aussi, le signe de mots non choisis, non voulus, non élus. Pour un représentant de l’Education Nationale, franchement … peut mieux faire !

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Une brève présentation de Lacenaire, bourgeois déclassé et poète à ses heures, tranche avec la clientèle ordinaire des cours d’assises. Quand on sait qu’il mourut sous la lame de la guillotine !

 

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