inactualités et acribies

Mélanges, miscellanées, miettes - 20 -

28 Octobre 2022 , Rédigé par pascale

 

 

La barre des 500 – cinq cents – articles publiés est franchie depuis peu ! En nombre de pages tapuscrites au format A4, cela fait plus ou moins 2000 – deux mille - pages.

 

Commençons par un clin d’œil personnel :

De Eubule (fr. 138 Kock) : « Car m’ayant fait goûter un vin psithien, bien doux et tout pur (…) sans s’asseoir, (…) il attaque des huîtres.

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    Quelle formulation parfaite que celle-ci, entendue à la suite d’une interprétation pianistiquement réussie au-delà d’une articulation et lecture techniques réussies :

… et la musique vient depuis les notes ….

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Un Pater mais une patère.

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         Je rentre du Marché et rapporte des fraises (pour les sourcilleux de la saison, c’était il y a un petit moment) dans mon panier, avec en supplément : « on est sur un produit magnifique », « sentez leur odeur (parfum, arôme y’a vraiment pas moyen ?) – « vous auriez les 1 € ? », ma réponse, négative, alors … « y’a pas de souci » ! En moins d’une minute, j’ai défailli quatre fois, mais m’en suis assez bien remise en répondant au chaland qui proposait de mettre mes achats dans une poche (qui se dit sac ou sachet partout ailleurs en France, et pouche en Normandie) cette sortie impréméditée : « Non merci, plus j’ai de poches moins j’ai de mains ! » dont je souris encore ...

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Valéry : Mes vers ont le sens qu’on leur prête. Celui que je leur donne ne s’ajuste qu’à moi et n’est opposable à personne. (Cahiers)

                  Je suis comme une vache au piquet et les mêmes questions depuis 43 ans broutent le pré de mon cerveau. (idem ibidemque)

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         « Des quidams ordinaires » … : outre ne pas avoir la certitude que le « s » soit bienvenu ici, accroché à ce mot latin dont le masculin et le féminin nominatifs pluriels sont identiques – quidam -, la qualification par l’adjectif ordinaire ne sert à rien, puisque « quidam » contient cette connotation. Ergo, nous sommes, une fois encore, une fois de trop, en présence d’un pléonasme, sans ajouter inutile … c’est inutile !

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« Mais ce n’est pas pour rien que la chaussette a la forme d’un boomerang. Tu peux te lancer dans un grand voyage à travers le monde, tu finiras par rentrer chez toi. » Éric Chevillard, chaque matin avec gourmandise : humour, cynisme, tendresse, absurde, gros sel et même sel fin, insolence, découragement joyeux et joie exigeante, pessimisme effronté, même triste ne vous noie pas dans son chagrin, ni même la politesse du désespoir ou l’élégance du condamné.

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Les Nugæ — qui veulent dire « choses frivoles » — si vous soufflez délicatement dessus, deviennent des Nuage(s) …

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L’expression volets intérieurs est (aussi) un pléonasme, puisque à l’extérieur ce sont des contrevents.

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On aime – contre toute attente – musarder dans les Salons de Diderot. Dans Salon de 1767, d’un tableau de Fragonard – Tableau ovale, représentant des groupes d’enfants dans le ciel : « C’est une belle et grande omelette d’enfants » ; (…) « Cela est plat, jaunâtre, d’une teinte égale et monotone et peint cotonneux. Ce mot n’a peut-être pas encore été dit, mais il rend bien et si bien qu’on prendrait cette composition, pour un lambeau d’une belle toison de brebis, bien propre, bien jaunâtre, dont les poils entremêlés ont formé par hasard des guirlandes d’enfants. Les nuages répandus entre eux sont pareillement jaunâtres, et achèvent de rendre la comparaison exacte. Mr Fragonard, cela est diablement fade. Belle omelette, bien douillette, bien jaune et point brûlée ». (dans une note, on peut lire cette correction : bien brûlée).

Ce jour-là, Diderot voyait tout en jaunâtre, trois fois dans les 4 phrases précédentes, l’adjectif revient dès la première de l’article suivant : toujours Fragonard – Une Tête de vieillard.

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Autant ce mot est doux – murmurateur – autant son sens ne l’est pas tout à fait. Car murmurer est agréable, mais murmurer contre quelqu’un ou quelque chose ne l’est pas et c’est bien ce second sens qu’il faut « entendre » dans murmurateur. Thomas d’Aquin, Père de l’Église non taquin et très sérieux, s’en prend à eux dans son Traité De æternitate mundi, (circa 1270).

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Max Jacob : le romancier écrit une robe verte ; et le poète, une robe d’herbe.

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         De son éditeur (français) à Curzio Malaparte qui s’apprête à lui transmettre le manuscrit de La Peaudont on ignore tous qu’il fut préalablement intitulé La Peste – après le succès de Kaputt :

« Nous faisons un trop grand cas de votre talent pour ne pas accueillir avec plaisir n’importe lequel de vos manuscrits » (1947). [rapporté par Maurizio Serra dans sa formidablement documentée et énorme biographie ;  lire aussi du même son d’Annunzio et son Svevo.]. Quel éditeur, de nos jours, aurait assez d’esprit de finesse pour écrire (et à qui ?) tant son admiration que sa reconnaissance ?

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« Il est difficile d’apporter de l’aide aux vieux amis qui perdent le nord et se sont fait une carapace infranchissable dans leurs lignes de défense.

On ne sait rien du lourd losange des mots mal arrimés dans leur tête. »

Patrick Laupin (in La mort provisoire.)

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         On me rapporta, il y a peu, cette appréciation relevée dans un livret scolaire : « A usé jusqu’au bout son droit à ne rien faire. »

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         Ma croisade sans fin : présentant un programme de deux séries, ou périodes de conférences et les appelant cycles, le Musée de la ville, termine ainsi son annonce au public : « Il reste quelques places sur les deux cycles » ! Je me suis demandée s’il s’agissait d’une erreur, la phrase pouvant avoir glissé de la rubrique sport à la rubrique culture, et inquiétée que quelques places fussent disponibles pour seulement deux bicyclettes, pour finalement envisager qu’il pourrait s’agir de tandems … mais plus sûrement de la dorénavant irrespirable densité de la préposition sur dans la langue française, laquelle devient intolérable à des oreilles de plus en plus délicates.

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Que ceux qui continuent à dire et écrire mail plutôt que courriel ne lisent pas ce qui suit. Nos amis et cousins québécois, à l’origine dudit courriel (contraction de courrier électronique, ce n’est pas si compliqué zut !) ont inventé aussi le Clavardage, pour les bavardages et autres parleries de clavier sur le Net ; bien vu, bien entendu, bien dit, bravo, merci et re-zut à tous les soumis et autres incurables grégaires. Et dire que les îlots de résistance sont implantés en plein camp adverse !

Dans la biographie de Rimbaud par Pierre Petitfils (Hachette 1962 – p. 58) : Volontiers, ils se rendaient au « Bois d’Amour », un charmant mail aux tilleurs séculaires. (Ils : Rimbaud et Ernest Delahaye)

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Les mots sont décidément sans pitié : « à la suite du dépôt d’une main courante, Untel reconnaît avoir giflé son épouse. » A défaut de courir, cette main s’était bien envolée.

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Qu’est-ce qu’un « silence horrible » me demandé-je, lisant cette expression selon moi oxymorique. Alors je m’interrogeais sur le poids de l’horreur, laquelle, instantanément, je rapportais à la terreur et à la cruauté : un « silence horrible » participerait de cette double calamité ; il serait particulièrement parlant, bruyant, insupportable surtout et avant tout à qui n’entend plus que le vacarme en lui de ses propres cauchemars.

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Grège : bel exemple de métonymie passée dans le langage courant, même si — il faut le reconnaître — ce mot est de moins en moins utilisé, il aurait pu faire une entrée de ma série « à la recherche de mots perdus ». Grège désigne dorénavant une couleur à part entière – entre beige, écru et gris, grège quoi !  — alors que l’adjectif était réservé à la soie brute ou aux fils confectionnés à partir d’elle, hors toute teinture pour résumer. Je me souviens l’avoir entendu communément prononcer pour la couleur d’un manteau, d’un chapeau ou surtout de gants de cuir fin, lesquels pouvaient aussi être beurre frais — ultime hommage en forme de dernier soupir envers un certain attachement au dandysme ?

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Georges Perros – Papiers collés I :

« J’ai conservé, sans le vouloir, cette naïveté : quand j’ouvre un livre, j’aime que ce soit un livre. Je m’attends à de la littérature. La vie, c’est-à-dire les autres et moi, la vie me suffit pour le reste. Mais lire, si c’est pour s’y retrouver, autant vaut téléphoner à son voisin et passer une soirée baliverneuse. ».

Approbation sans réserve pour cette brève philippique contre la lecture baliverneuse, mais, selon moi, les soirées de la même eau, pour s’y substituer – et dans substituer il y a tuer – ne sont pas un remède.

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Lâcher du l’Est ! (lu dans la presse, sans rire)

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Il me fallut, il y a peu, faire preuve d’une certaine diplomatie et patience – un exploit – pour corriger un interlocuteur fort sûr de lui, selon qui le mot empirique dont il usa plusieurs fois dans le même élan phrastique – mais pourquoi donc ? – signifiait impératif ou impérieux, supposant, j’imagine, qu’empirique contenait empire, donc empereur, donc pouvoir abusif… et bla. Le dogmatisme de l’ignorance est épuisant !

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           Toujours la presse locale : « L’association La Traverse accompagne depuis plus d’un an, sous forme de résidences, les territoires pour étudier leurs enjeux et renforcer leur résilience. » Au moins une chose est juste dans cette bouillasse indigeste, son nom : La Traverse ne va pas droit.

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Alétheia : Vérité en grec, i.e, privation — a — de l’oubli — Lethé — nom du fleuve qui efface toute mémoire. Une sorte de double négation conforme – notamment – à la conception platonicienne de la Vérité : non pas tant ce que l’on trouverait ex nihilo (si l’on peut dire) que ce que l’on retrouve pour avoir combattu et/ou vaincu l’oubli. Deux fois niante, par privation et par oubli, la Vérité, au sens grec, a toujours quelque chose à voir avec l’affirmation en sa forme mathématique : moins par moins égale plus, rabâchait-on à l’école. Reprenons : quand la langue grecque dit Vérité — Alétheia — λήθειαelle nous dit, à la lettre près, a, de nous jeter à l’eau.

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Ponge appelle la radio – nous sommes en 1946 – la radieuse seconde petite boîte à ordures ! ce sont les derniers mots, qui déversent Tout le flot de purin de la mélodie mondiale.

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Félix Fénéon (toujours in Nouvelles en trois lignes) : « Mariés depuis trois mois, les Audouy, de Nantes, se sont suicidés au laudanum, à l’arsenic et au revolver. »

 Question : Un par mois ? ou les trois  en une fois ?

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Je rappelle qu’en français – à l’écrit, comme à l’oral, il n’y a pas d’exception – on accorde avec le complément direct (d’objet ou de personne d’ailleurs, au fait !) le participe passé d’un verbe conjugué avec avoir, pourvu, pourvu qu’il soit placé devant … Appliquer cette règle est infiniment plus simple que la formuler, puisqu’il suffit de dire « les courses que j’ai faites », « les décisions que j’ai prises » et autres de même farine ! instinctif et spontané, depuis le cp/ce1 on l’a appris, et révisé ensuite, pour la vie, je répète pour-la-vie. Hé bé, j’entends en permanence le manquement à cette trouvaille heureuse et raffinée de la grammaire française – y compris par ceux chargés de la transmettre. Je sais, je me répète, répète, répète … mais les fautifs aussi et ils se reproduisent.

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A une époque où certains se demandent pourquoi il faut encore lire les textes de l’Antiquité, il ne semble pas inutile de rappeler pourquoi il est encore possible de les lire.

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L’écriture inclusive passera : ainsi en fut-il du tutoiement révolutionnaire avec injonction d’appeler chacun « citoyen »

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Le désir de voir Naples a été érigé en proverbe, à l’échelle européenne, par Goethe. Ainsi écrit-il dans son Voyage en Italie : « Von der Lage der Stadt und ihren Herrlichkeiten, die so oft beschrieben und belobt sind, kein Wort. “Vedi Napoli e poi muori!” sagen sie hier. “Siehe Neapel und stirb!” »

 Sauf que, la traduction en italien ignore le jeu de mots qui consiste dans l’homophonie de « muori » – « meurs » – et « Mori » – un village à la périphérie de Naples …

Ne jamais, jamais, donner son blanc-seing à une traduction.

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On propose : Un atelier pour partager des idées et bâtir le centre-ville de demain. Donc, et si j’ai bien compris, il est question de construire (bâtir) un centre-ville dans un atelier. La coordination et autorisant le lien logique, chronologique et sémantique. Z’en ont pas marre d’écrire n’importe quoi n’importe comment pour mieux proposer le vide … en partage ! A cette fin, il faut s’inscrire auprès d’un(e) lambda ou d’un(e) quidam, qui, avec ses références, laisse ses titres : « manager de commerce à la communauté de communes » – beaucoup de c-o-m pour rien, non ?

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Tout or est déjà contenu dans le trésor

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(Chose promise : la parution, ce jour, de ces nouveaux mélanges etc., attendue avec impatience par Aurélie …)

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M
M’est revenu un titre d’article cité ou inventé par le Canard enchaîné, me semble-t-il relatif à la guerre de 14-18, que je vous cite : « Le front est dégarni près d’Étampes »<br /> Pour compléter ou non vos agacements, Guillaume Martin coureur cycliste, pour le coup juché sur un vélo et éventuellement philosophe, selon que vous-même en jugeriez a écrit « Socrate à vélo ». Mathias Roux, philosophe lui aussi, a chaussé ce même Socrate en publiant « Socrate en crampons, une introduction sportive à la philosophie ». Quand je pense qu'on met Socrate au vestiaire ! J’ai lu des textes de ces deux-là mais pas ou pas encore ces deux titres.<br /> En souhaitant ne pas avoir commis un impair en prenant deux fois la parole sur le même sujet.<br /> Même si deux et impair ne s’allient guère
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P
Aucun impair, quelle idée ! Mais un grincement de dents, doublé d'un clin d'œil. Comment peut-on lire de tels ouvrages, ( mais surtout comment ose-t-on les écrire et surtout comment se fait-il qu'ils se puissent être édités ?) dont les titres à eux-seuls me donnent des boutons ? tandis que la lecture, et les relectures, non point de Socrate - qui n'écrivit pas - mais de l'un de ses disciples les plus connus, Platon - peut emplir une bonne partie de la vie.<br /> Pas mal le titre du Canard ! Mais là, nous avons affaire à des pro du jeu de mots. La formule "lâcher du l'Est" intervenait dans une phrases lambda sans la moindre connotation politico-guerrière et voulait bien signifier "lâcher du lest" ; mais on a là soit une preuve - lapsus calami - du travail actif de l'inconscient, soit des ravages de la désorthographie en marche galopante. <br /> J'eus, un jour, à l'Université - juste pour dire le nombre d'années sur les bancs de l'école précédents la présence estudiantine - dans une copie sur les atomes psychiques (sens grec) de la physique de Démocrite, le mot "manteaux" pour "mentaux". Ce ne peut être de l'étourderie ...<br /> De belles heures.
M
Comment après cette lecture trouver triste la vie, si besoin est, il nous reste toujours la mélancolie.<br /> Pour le troisième temps (Pater), chapeau ! (point d'exclamation compris, quoique point de suspension...)<br /> Une croisade sans fin : adresser le lien à Guillaume Martin, mais pas en juillet au moment du Tour de France<br /> Lâcher du l'Est : je ne peux croire que c'est par inadvertance. Si ce n'est, cela peut s'avérer douloureux.<br /> Je fais mon miel (pas sucré) de vos agacements et admirations et vous en sais gré<br /> Bien à vous
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P
Je peux vous garantir que l'Est a bien été lesté ainsi ! Mes agacements sont incessants … Mais "chapeau" à vous d'avoir suggéré la patère … où l'accrocher par point de suspension ! Comment n'y ai-je pas pensé ?<br /> Ces miscellanées sucrées/salées et même sacrées me font (aussi) des petits moments de légèreté entre choses, sinon plus sérieuses, au moins plus concentrées.<br /> A vous aussi.