inactualités et acribies

Dialogue

30 Mars 2018 , Rédigé par pascale

Petite précaution à l'adresse des néoacribiens, il y en a. Empédocle m'accompagne depuis longtemps. Et  pour toujours. Aussi, sa présence ici, je viens de le vérifier, a été  constante  (en 2017) : 1er et 15 Janv ; 11 et 25 Fév ; 24 Mars ; 9 Avril ; 3 Mai ; 3, 6 et 20 Juillet ; 4 août ; 21 Sept et 6 Oct. Ce qui suit appartient à  cette fidélité philosophique.

 

Pausanias. Ce monde altérable et changeant offre un spectacle différent en chaque objet observé. Comment concevoir que tout vienne de quatre souches élémentaires, comme tu le dis ?

Empédocle. Songes-tu, Pausanias, à une antériorité naturelle, physique? ou sommes-nous à la recherche d’une cause, à laquelle, tu le vois bien, il faudra une cause. Puis une cause de cette cause...

- Je voudrais savoir si la cause de tout ce qui existe réside dans le Feu, la Terre, l'Eau et l'Air, les Éléments dont les Anciens ont parlé tour à tour, mais dont toi seul affirmes qu'ils sont quatre à faire ce monde. Quatre Racines tout ensemble.

-  Rhizomes, disait le vieux Pythagore...

- Quatre rhizomes! Mais mélangés par l’Harmonie ou séparés par la Discorde, n’est-ce pas?

En quelque sorte, en quelque sorte ...

Donc rien dans l’univers n’échappe à ces quatre principes?

Absolument rien. Exactement comme un peintre disposant de quatre couleurs pour faire tous les tableaux possibles. Et seulement quatre : noir, bleu, rouge et ocre.

Il y a à Akragas de tels artistes. Ils font merveille, et leurs œuvres sont réputées bien au-delà de notre cité. Je commence à comprendre.

- Toutes les combinaisons sont possibles, toutes les nuances... Le résultat est toujours différent. Le point de départ, toujours le même.

Le monde est donc bien fait de quatre racines, quatre rhizomes, quatre principes, quatre éléments….

- Naïf que tu es, Pausanias! Dans ta précipitation à conclure, tu oublies les plus grandes difficultés. Cherchons-nous des réalités physiques, naturelles? ou des forces, des puissances... Voyons, Pausanias, que seraient les premières sans les secondes pour les animer?

- Si le monde n’est que mélange fortuit de quatre rhizomes, d’où vient alors qu’il soit vivant?

- Ces questions seront toujours posées. Je crois même qu’il se trouvera des hommes pour y répondre catégoriquement. D’autres pour n’y jamais répondre.

- Que veux-tu dire?

- Qu’au sujet de la naissance du monde, les uns s’accorderont sur la rencontre de particules flottant dans l’univers, d’autres inventeront un dieu plus puissant ou un esprit... Moi, je ne parviens pas à m’en remettre à une seule voie. Tu connais mon caractère soupçonneux. L’évidence est le résultat heureux de la réflexion, non de l’adhésion.

- Fais-moi part de ta réflexion alors...

- Le Feu, la Terre, l’Air et l’Eau sont dans toutes les choses et font toutes choses, nous sommes d’accord : le soleil, la mer... regarde! les volcans, les montagnes, les vents. Même les plus petites, ou les moins visibles. Et l’homme, tu le sais, je te l’ai appris. Le mouvement permanent des êtres vers leur nature propre est condition de leur existence. Nous cherchons une condition, Pausanias, plutôt qu’une cause. Je dirai même, l’existence importe peu, elle se rattache toujours aux quatre rhizomes en son commencement. Mais que cette origine soit possible, qu’il y ait de l’Être, cette question vaut plus que de savoir comment il se disperse dans l’existence ; et dire que des myriades de myriades de gouttes d’eau font l’immensité de la mer, ou que les astres sont de feu, que l’air dans nos vaisseaux y fait pulser le sang, n’apaise pas mon esprit intranquille.

Ecoute Pausanias...

En deux mots, le vieux maître venait de nouer et de rompre avec son disciple. Il n’allait jamais mieux au bout de sa pensée qu’en y allant seul. Mais la présence du bien-aimé n’était pas un obstacle. Après avoir ajusté sa tunique sur ses épaules, rassemblé sous lui ses vieilles jambes, signifié d’un regard à Pausanias qu’il avait besoin et de son silence et de son attention, Empédocle poursuivit :

Qui guide la main du peintre?

Dévoué et loyal, le disciple se taisait.

D’abord, il y a quatre couleurs. Il y aura pourtant plusieurs tableaux... Regarde le ciel. A-t-il la même teinte qu’hier? Qu’en sera-t-il demain? Voilà la réponse, Pausanias. Elle est là, dans la lumière dorée du soleil qui porte toute beauté de l’aurore au crépuscule. Déployé dans l’harmonie cosmique, mon esprit tout entier en lui-même connaît alors la terrible intimité avec les éléments. Enracinée dans la terre de Sicile, et tendue au ciel comme vers sa limite, ma vision est au-delà de l’humain... Il faut quatre radicaux pour ce monde. Tous les corps, toutes les formes, sont constitués par leurs mélanges. C’est par eux que nous pensons, jouissons, souffrons.

 

Empédocle s’était levé. Il marchait. S’arrêtait. Repartait d’un pas lent, au détour de sa nostalgie, sans autre but que la contemplation de son paysage intérieur. L’accord du cœur et de la parole s’appelle Silence -un dieu d’origine égyptienne, dit-on.

Supplique pour une eau-de-vie

26 Mars 2018 , Rédigé par pascale

Il suffit d’une pichenette et le mobile, comme disent les physiciens classiques, avance per se. Et s’il s’agit d’une petite bille jaune –qu’elle soit jaune à ce moment précis ne change rien à l’affaire– alors elle roule, elle roule, elle roule… que faudrait-il pour l’arrêter ?

S’en saisir et la manger.

Ainsi commence une histoire qui avance en s’écrivant. Comme la prune de mirabel, la petite prune, que Jan Amos Komensky, alias Comenius, l’aurait nommée, mais dans lequel de ses ouvrages célèbres et célébrés dans toute l’Europe, vers le milieu du XVIIème siècle ? où ils se rencontrèrent, Descartes et lui, en 1642, à Endegeest. Il n’est pas sûr qu’ils se soient bien compris –on ne parle pas ici de la langue dans laquelle ils ont échangé– Descartes trop audacieux, trop intense, trop puissant,  Comenius trop encyclopédiste. Le Français trop soucieux de rationalité, le Tchèque trop dépendant des Ecritures*… Il se peut même, il se peut certainement, que Komensky ait écrit prune de mirabel sans l’avoir goûtée ou vue, sinon par le procédé de typographie très innovant pédagogiquement, une didactographie en somme, qui mettait des images en regard des définitions, dans sa Janua linguarum reserata (littéralement la Porte des langues ouverte, 1631) dont l’un des cent chapitres traite des arbres et des fruits…

Et pendant ce temps-là, la petite bille jaune, dorée, parfaite, roule toujours….

Telle la pierre que Spinoza envoie d’une chiquenaude dévaler un plan, pourrait croire qu’elle est libre ou non de le faire, alors qu’elle est déterminée par l’impulsion qui la met en mouvement. Mais elle l’ignore. Ainsi en va-t-il de la liberté humaine, pure illusion. Ou presque dit la Lettre à Schuller, un parangon de concision. C’est pourquoi elle accompagne une vie. D’une pierre  ou d’une bille qui se meuvent sans savoir qu’elles sont un objet de réflexion, laquelle choisir ?

La petite bille assurément, j’en demande pardon à Spinoza. Pour une fois. Une fois seulement. Couleur de cire, cerea, dit Virgile** et parce qu’elle est belle à voir, mirabilis.

Et la mirabelle est. Prodigieuse. Accomplie. Exacte. Irréprochable. Délicatement empoussiérée de la pruine qui la protège. Semée de petites rougeurs adorablement réparties. La mirabelle roule sous son arbre, roule sous les doigts, roule sous la table. Musique des petites sphères du quotidien de la Lorraine, où le malheur de l’une (la vigne atteinte de phylloxéra) fit le bonheur de l’autre, il y a un siècle environ. Où l’impossible culture extensive protége la qualité des vergers. Où elle éclate de luminescence dès la mi-Août et jusqu’à Septembre, selon que l’on est à Metz ou à Nancy. Qui voisine avec la quetsche sa cousine, dans sa robe violet foncé cardinalice. La mirabelle qui, comme tout cadeau de la nature à l’homme, fut comblée à son tour. Qu’un peu de chimie, une goutte d’alchimie et une larme de sorcellerie distille, spiritualise, transmute et métamorphose en autre chose qui est pourtant la même chose. A un moment précis mais insaisissable sauf par les sorciers au savoir instinctif millénaire et exact, on parle du montant de l’eau de vie qui en fera une eau-de-vie. Puissante, aux bouquets, aux arômes, aux parfums sucrés et acides, forts et ronds, ronds comme les fruits qui ont macéré, transformé leur sucre en alcool, fermenté. Ce qui oblige à séparer les bons des mauvais alcools, de vérifier qu’aucun air nuisible n’entre, que l’étanchéité est parfaite, que le barboteur joue son rôle. Un magma primordial, une lave d’avant le temps du temps se forme à l’abri du tout, du regard des hommes, de l’existence du monde lui-même. Comme au cœur d’un volcan qui puise aux profondeurs des origines cosmiques toute sa force vitale.

Je me souviens.

Je me souviens de ma fascination devant la marmite de cuivre dans laquelle bouillonnaient les mirabelles cueillies l’instant d’avant, au jardin. On descendait au jardin. Qui pourtant n’était pas pentu. Harmonie des nuances dorées du contenant et du contenu. Où le jaune l’emporte sur le rouge. L’écume, la fumée, les parfums lourds, la chaleur. Tout, je me souviens de tout. Je me dis aujourd’hui qu’il a dû falloir fixer longuement ce petit périmètre de bonheur à venir, ce cratère plein de promesses, l’amertume moelleuse. Je me souviens des peaux ratatinées par la cuisson et des chairs effilochées. Du jus collant à la cuiller de bois et aux parois. Il ne fallait pas toucher. Il ne fallait pas y aller. Mais je sais plus encore  la diffusion définitive de l’essence de mirabelle, dans ma mémoire olfactive, dans ma mémoire gustative.  Et la visuelle aussi. Avec la température, le tout devenait un peu plus brun. Et dégageait un arôme sucré, presque poisseux. Je regardais le chaudron en picorant dans les fruits frais écartés pour une tarte imminente. J’étais fascinée. Silencieuse et fascinée. La promesse de la confiture était meilleure encore que la confiture faite. Une vraie leçon métempirique.

Aussi, quand mes amis me rapportent de là-bas, une bouteille d’eau-de-vie de mirabelle, qu’ils ont acquise en pensant à moi, et offerte, je vois dans la double transparence du verre et de la liqueur forte, le soleil lorrain des fins de vacances enfantines voltiger dans ma mémoire. J’avale goulûment les petites billes jaunes devenues invisibles, au risque du vertige. Je suis un bouilleur de cru des temps anciens. J’entends l’éclatement du tissu végétal et je vois la mousse qui éclabousse doucement l’intérieur du  faitout.

A Françoise et Frédéric.

*Descartes, en 1638,  à propos de Comenius: (il)  semble vouloir trop joindre la religion et les vérités révélées, avec les sciences qui s’acquièrent par le raisonnement naturel ** in, Bucoliques, 2ème Eglogue.

Pléonasme, sortez du rang!

23 Mars 2018 , Rédigé par pascale

Quelques mots pour calmer mon irritation à l’heure de l’apéro. J’évite d’écrire ce genre de mauvaise humeur –oui, enfin, à quelques exceptions près– mais une fois de plus, la fois de trop. D’autant que le méfait est commis sous couvert d’écriture. Sous couverture d’écrit.

Le pléonasme, dont je dis qu’il n’est point une faiblesse mais une fainéantise prétentieuse, doublée d’une ignorance, le pléonasme est à bannir, à fuir, à éviter pour le moins. Rien à voir avec le synonyme. Ergo, qu’il sauve sa mauvaise peau à l’oralité ordinaire, c’est déjà trop, mais qu’il s’incruste dans des livres (et je ne dis rien des journaux…) m’a fait bondir. Passé-simple, pour dire que la chose vient de se passer, et que simplement je vais m’en alléger*.

Celui qui écrit circumnavigation doit savoir ce qu’il dit. Inutile d’ajouter autour du globe ! Il n’y a que deux solutions : ou le scripteur** ignore le sens –précis, donc le sens !–  d’un mot que pourtant il emploie, ou il se fait une obligation de le donner à son lecteur. Mais voilà, tout est là ! je ne ferai pas l’injure de reprendre le monter en haut… où l’on voit qu’en haut n’ajoute rien à monter mais le rend ridicule. Ainsi rencontrons-nous de plus en plus de gens qui se réunissent ensemble, ou se projettent dans l’avenir pour organiser le tri sélectif… Agrrrgrrrgrrr. Fautes passables et passibles d’indulgence dans la conversation de rue, mais déjà insupportables dans les paroles publiques –médiatiques de tout poil ! Aussi,  j’ai des éréthismes faciles, des exaspérations au quart de tour quand il s’agit du soin que l’on ne prend pas au choix des mots, et la confection de la phrase, dans la circonstance aggravante d’une intention livresque. Et même et surtout de sa  réalisation, car ladite circumnavigation autour du globe qui me met dans cet état, arrive dès les premières lignes d’un ouvrage tout frais imprimé***. Je sais, je suis chichiteuse, et n'entends pas passer outre une double sottise : non seulement il y a pléonasme, mais si l’on navigue autour du globe, alors il faut une navette spatiale plutôt qu’un bateau.  Là, inutile de m’accabler... je le fais très bien toute seule!

Revenons à nos tautologies exaspérantes quand un périple autour du monde aurait amplement suffi, une circumnavigation en effet, si celui-là se fait en voilier, en trirème, en radeau, en minéralier, en cargo, en jet-ski, si ça vous chante. Il faut cesser là. Et l’usage des redondances, et l’expression de mon courroux, dont je pense qu’il passera pour très exagéré. C’est aussi cela qui m’énerve !

 

*je ne dirai ni l’heure ni le lieu de la scène de crime. Encore que mes accusations de lèse-écriture m’ayant déjà valu bannissement… mais non ! Socrate lui-même accepta le jugement inique. (j’en fais un peu trop là ? oui… j’avoue !)

** qui n’est pas toujours un écrivain, mais peut se prendre pour tel..

*** on ne le trouvera cependant pas en librairie, mais sa lecture ex-posée en fenêtre virtuelle montre une écriture pâteuse, des descriptions affligeantes... Ou comment avec une idée de départ soutenable, la recette fort mal maîtrisée peut vous rester sur l'estomac. Et confirme ma conviction qu'une histoire ne fait pas un livre, mais un style, si!

 

Le dinosaure à plume*

17 Mars 2018 , Rédigé par pascale

J’ai le plaisir de vous annoncer que Denis Montebello vient de commettre un nouveau forfait**. En état de récidive verbale, livresque, drolatique et sérieuse, il nous condamne à la plus belle des peines, la plus intelligente et la plus astucieuse. Explications.

Supposons, je dis bien supposons, qu’il soit désireux de gagner sa vie en écrivant des livres qui se vendent à la pelle. Supposons que pour appâter le chaland, il lui faille un titre racoleur. Supposons encore, qu’il s’y essaie, tirant la langue devant l’ouvrage. Et nous, accompagnant ses efforts appliqués, sommes au cœur d’une gestation qui aboutit de ne pas aboutir. Vous suivez ?

Il faudrait pouvoir re-commencer par la fin, alors que les premières lignes sont titrées Et si tout commençait aujourd’hui ? Je ne vous dis rien de cette quête –car c'en est une– dont l’occasion est une phrase glanée au hasard du temps qui passe. Comme le train. Le lecteur comprendra. Une révélation mystique, une anagogie païenne, l’ordinaire, dispensateur d’occasions magnifiques. L’insignifiant fait toujours sens pour celui qui écrit. L’œil et la plume acérés de notre écrivain font merveille dans l’autodérision, l’ironie du quotidien, toujours la nostalgie à fleur de mots.

C’est, bien sûr, impossible à raconter. La recherche d’un titre d’où coulerait comme de source, une histoire. Mais pas n’importe quelle histoire, pas n’importe quel livre. Celui qui viendrait sans peine, dans tous les sens du mot, se loger entre tous ceux de sa famille. La famille qui-vous-fait-du-bien. Tentaculaire tribu qui s’étale et prend ses aises sans vergogne sur les étagères des librairies. Du genre aguicheur, un peu à la manière qu’ont certains de vous proposer leurs services –des élagueurs par exemple qui sonnent à votre porte– et qui ont terminé la tâche avant même que vous ayez soufflé mot. Du genre sans gêne, sympa. Un genre de monde auquel il faut appartenir coûte que coûte. Justement, ces livres aux titres annonciateurs de recettes du bonheur, c’est sûr rapportent gros. Rapporteraient, si seulement on voulait y consentir. Ce n’est pas donné à tout le monde de faire un livre qui-fait-du-bien. A nous. A vous. Au porte-monnaie. Mais on a beau essayer, toujours le naturel revient au galop. Ou à la vitesse d’un TGV qu’on a raté. Ou peut-être de la chute des branches à terre, évaltonnées d’être arrivées sur le gazon ce jour-là maudit.

Maudite lucidité des lignes sous le titre Un roman d’une longueur raisonnable où le taille-haie –métaphorique instrument du carnage littéraire qu’est tout livre qui-nous-fait-du-bien– où l’outil nous a tué d’avoir été branché ! admirable ! Denis Montebello, qui ne roule ni en Fiat, ni en Ferrari, et nous dit pourquoi, me pardonnera –mais c’est quand même un peu sa faute– d’ajouter à la liste Suicides ce titre authentiquement relevé dans la rubrique des faits divers : il se pend sur le bord de la route. Ce qui, reconnaissons-le est d’un contorsionniste achevé et non du commun des… mortels. Niveau blagues Carambar  me direz-vous ? Justement ! C’est un autre titre proposé par notre facétieux auteur, qui se demande s’il peut écrire le livre-qui-fait-du-bien dont le héros serait le vieux qui rédige, moyennant rémunération, ces balourdises. De page en page, comme l’élagueur de branche en branche, nous sommes baladés et balladés. On nous trimbale et nous ferait entrer, pour un peu, dans une danse provoquant insomnie, céphalées et agitation, tout ce qu’un livre qui vous veut du bien, vous éviterait, dit-on. Objurgation du bonheur et injonction d’être heureux font la double nécessité du lecteur des temps qui courent. Et oublient de s’arrêter comme le TGV. Ou la cisaille qui peut vous coûter un bras.

Mais voilà. Comment l’écrire ? Comment devenir ce qu’on n’est pas. Quand on sait, d’un savoir anhistorique et d’enfance tout ensemble, qu’aucun livre n’a jamais soulagé ni sauvé personne.

*ainsi D.M se nomme-t-il lui-même p79. ** Comment écrire un livre qui fait du bien?  Editions Le temps qu'il fait. Lire ici même, 21 février 2018, Ce vide lui blesse la vue.

(et merci à mon attentif lecteur qui n'a pas osé signaler 'tout haut' la faute de .... frappe, forcément). Corrigé!

de la parénèse ordinaire, cominus et eminus*

15 Mars 2018 , Rédigé par pascale

   Si l’on vous dit, mammifère, solitaire, myope, dont certaines espèces ont des mœurs nocturnes, vous envisagez un court instant qu’il puisse s’agir d’un groupe humain, peut-être même assez nombreux. Quoique l’amétropie signalée vous intrigue, votre curiosité se tourne –mais vous ne voulez pas l’avouer- vers ces pratiques de l’obscurité, qui, à défaut d’être crépusculaires ou nuiteuses, vous apparaissent sombres par la tentation jamais différée de l’oxymore. La devinette s’éclaircit-elle, c’est le mot, si l’on ajoute, qu’il n’hésite pas à lancer des piques, il n’aime pas être dérangé. Votre sagacité penche pour un vieux ronchon, atrabilaire et misanthrope. Vous approchez mais de loin.

   Vous n’osez pas, bien sûr, évoquer la figure de quelque incommode irritable de votre entourage n’est-ce pas ? aussi, vous envisagez qu’il soit question d’un auteur, d’un penseur, d’un artiste, d’un de ceux qui ont laissé plus qu’une œuvre, une humeur, une mauvaise humeur. (Bien sûr, le masculin est ici strict respect de la grammaire, et n’encourage aucunement le rejet d’environ la moitié de la population passée et présente de cette planète). Quelques noms émergent, connus pour leur foutu caractère, chacun sa liste. Mais la myopie, franchement, il y a de quoi brouiller les pistes ; et pour l’appellation mammifère, juste, mais un tantinet sommaire.

   Aussi vous donnez votre langue au chat. Mais venez de faire là un net progrès. En entrant dans le monde vivant non humain. Mais pas félin. D’ailleurs nos amis les chats, certes ont une vie nocturne trépidante toute vouée à la traque de leurs muridés préférés, les souris qui chicotent,  pas notre inconnu ; certes, ils ont une réelle propension à la solitude, et vous font savoir vertement qu’il est inutile d’insister quand ils n’ont pas envie de votre compagnie ; mais ils ronronnent, ce qui aurait été signalé d’entrée, peu de mammifères s’y adonnent, les humains que nous avons écartés –peut-être un peu vite– ronflent haut et fort plutôt qu’ils ne bourdonnent paisiblement ; mais la myopie, vous calez encore.

   De suite, éliminons la taupe. Elle remplit presque toutes les cases, pour le dire d’une expression devenue courante. Qui est avantageusement myope, myope de chez myope, qui a la double qualité de désigner tant l’animal que l’humain. Las ! devenu espion, la taupe a l’œil affuté… c’est la raison du rejet, dans notre affaire,  de ce petit rongeur au poil court, doux et soyeux. Ce qui s’accorde, convenons-en, avec quelques anthropiens. Connus, ou connus de vous seul. La taupe, pourtant, ouvre des pistes, mieux que les galeries souterraines dans lesquelles elle se planque. Comme le corbeau, son nom désigne, et ce n’est pas forcément une synecdoque, ni une métaphore, un individu caractéristique. Une catégorie. Une espèce de. A ceci près que notre mammifère myope, lui, ne désigne aucune espèce humaine… bon je vois (de près, de loin) que je vous fais enrager. Je cherche, il est vrai, à vous mettre sur la voie. Une démarche maïeutique en quelque sorte, on ne se refait pas. Mais Socrate est une très mauvaise idée. On ne sait s’il était myope, et le coq d’Asclépios dont il parle dans son dernier souffle (aux dire de Platon qui n’y était pas) ne peut se confondre avec un mammifère.

 Le bestiaire est important, chez les philosophes, où il y a plus de faune que de flore. L’aigle nietzschéen, la chouette de Minerve, l’âne de Buridan, le renard et le lion machiavéliens, le perroquet cartésien pour ne rien dire de l’animal-machine que nous sommes trop souvent. Choix emblématiques certes, et cette fois parfaitement métonymiques ; l’âne qui meurt de ne savoir choisir entre boire et manger est l’illustration par la fable imagée du concept difficile de libre-arbitre humain, qui ne sert à rien s’il n’est éclairé par la Raison. Mais de Buridan, clerc séculier du début du 14ème siècle, à l’âne qui lui sert d’outil pédagogique, diraient certains, mais pas moi, il n’y a rien. Du moins à notre connaissance. Rien qui justifie avoir opté pour le mulet, voire la mule ou le baudet, l’homme n’est pas originaire du Poitou, par exemple. Idem (Buridanus écrivait latin, hommage à sa mémoire) pour les autres bestioles qui détiennent intrinsèquement les caractéristiques qui les font élire, du moins les plus couramment admises. Notre animal inconnu aussi, bien sûr. Mais bien plus. C’est mon hypothèse, car il me semble qu’il fait autrement mieux que synecdoque et métonymie tout ensemble. Il n’est pas seulement le Signifié philosophique par lequel la métaphore fonctionne, et par quoi le Signe fait sens.

   Le porc-épic, puisqu’il faut l’appeler par son nom, n’est pas un de ces animaux symboliques qui permet, en l’illustrant, la démonstration philosophique. Il n’est pas l’objet parfaitement adapté à ce qu’il sert, ni le moyen d’une fin qui lui est extérieure. L’animal élu par Schopenhauer est Schopenhauer. Bien ni au milieu de ses semblables, ni éloigné d’eux. Comme le porc-épic du paragraphe 396 des Parerga et Paralipomena. Un rongeur qui limite sa vie sociale. Arthur lui-même, et quelques autres avec lui. Dans le désordre, Cioran, Freud, Maupassant, Mirbeau, Nietzsche… et même un peu, chacun d’entre nous. A nos heures. A nos jours. La parabole tient en une quinzaine de lignes. A quelques minuscules nuances de traduction près selon les éditions, sans effet sur la signification générale, elle formule, non point une idée nouvelle –il y a belle lurette que les idées ne le sont plus, seule leur expression– mais son efficacité imparable par l’image des porcs épics, animaux dont il faut reconnaître la rareté dans le bestiaire en général, ici quelque chose comme un hapax iconique.

Avouerais-je que le porc-épic schopenhauerien me vient souvent en l’esprit. D’autant qu’il s’agit d’un troupeau de porcs épics, où aucun ne trouve la bonne mesure pour être à distance de ses semblables, ni éloigné, ni trop près d’eux, ballottés de çà et de là entre les deux souffrances. Il faudra bien pourtant trouver le moyen –et l’on se souvient ce que l’étymologie de moyen doit à la juste mesure– de supporter les qualités repoussantes (autre traduction : leurs nombreuses manières d’être antipathiques) et leurs insupportables défauts. Car nous ne pouvons pas échapper à la vie commune, elle répare notre vide intérieur. Le passage des porcs épics, dans tous les sens du terme, s’il n’est pas d’un optimisme rayonnant, on l’aura compris, se termine cependant par une considération** d’autant plus admirable qu’elle est sans frais, sans coût, mais non point sans effet : la politesse et les bonnes manières –oui, oui, c’est tout et c’est écrit !– voilà la distance moyenne que les hommes ont inventé pour vivre ensemble.***

* "de près et de loin".**impossible d’oublier l’autre grand titre de notre pessimiste radieux, Considérations inactuelles.***Arthur Schopenhauer demanda qu’après sa mort, son caniche soit son légataire universel.***(bis) la raison de la note (*) : devise de Louis XII, qui avait pour emblème… notre désormais ami, l’Hystrix cristata

 

on ferme! *

11 Mars 2018 , Rédigé par pascale

Il y a quand même une contradiction en acte à sommer quelqu’un de sortir –lui indiquer que la porte lui est désormais fermée– en la lui ouvrant toute grande. Que celui qui n’a jamais…. justement ! il faut avoir bien peu le sens des choses, le sens des gens, le sens des mots pour franchir cette limite, ce pas, cette borne, sans motif vital. Mélodrame et même mélo sidérant sur le coup, instructif après. La réflexion est toujours a posteriori, après la représentation, mais sans génuflexion. Ni remords, ni regret, ni retour surtout pour le sortant. Close pour toujours la porte, après l’exit. D’autant plus close, doublement close, à triple tour, si plus tard on lui dit qu’il faut, qu’on peut, rejouer la scène, comme au théâtre, revenir depuis les coulisses, que c’était une fausse sortie, en somme.

 

Mais une porte est entrance et fermeture. Accès et sortie. Tant pis pour qui ne le sait pas. Grave faute de l’ignorer ou pire, feindre l’ignorer. C’eût été autre chose de laisser quitter la place, tenir quitte, donner quitus, faire quittance, le tout sans aller ouvrir grand la porte. A en béer. En pleine déraison, pour le cœur on repassera. Surtout n’y revenir point, au pas-de-porte. C’est à sens unique, le sens de celui qui a été sorti. Double jeu, double-je, pour celui qui pousse dehors, main tendue pour indiquer le trottoir. Le trottoir ! comme pour une péripatéticienne qui aurait lu Aristote… comprenne qui pourra ! Pour les poncifs on a le choix, y compris ceux de la psychanalyse du tout-venant. Allons-y sans la moindre honte : franchir un seuil, entrer de plain-pied ou même de plein pied, c’est la porte ouverte à toutes les difficultés, toutes les ambiguïtés, on sait pourtant qu’il faut qu’elle soit ouverte ou fermée, l’entre-deux, entre deux portes, c’est le porte-à-faux, jamais le porte-bonheur.

Dans La poétique de l’espace, Bachelard, que je consulte toujours pour dire l’essentiel du quotidien –or, c’est bien de quotidien que notre quotidien est fait– dit de la porte qu’elle est une image princeps, un technème [à l’instar des zoèmes de Lévi-Strauss, ces objets parfaitement ambivalents, objets de pensée et/mais objets de réalité] qui tient en lui-même sa signification symbolique. J’ai bien failli écrire qui porte, quand Francis Ponge me souffle à l’oreille d’aller relire comment dans Pièces –on ne peut mieux dire– il définit l’Objeu. Je retiens : les significations bouclées à double tour  auxquelles l’objet de notre émotion, et nous avec, nous allons faire dire. Pour en saisir toutes les réverbérations, les liaisons, les échos, les racines, tout le parti qu’on pourrait en prendre. Sauf les rois pour les portes, qu’ils ne touchent pas et ne connaissent donc le plaisir ni même le bonheur qu’il y a à la tenir dans ses bras. Donc Bachelard, dont je ne sais s’il a lu la nouvelle de Maupassant –La Porte– à la cruauté qui n’a d’égal que le cynisme, comme toujours, s’étonne qu’on ne sente pas, ne ressente pas qu’un petit dieu de seuil  y est incarné. Un seuil comme une chose sacrée, se souvient-il un peu plus loin avoir lu chez Porphyre. On ne saurait mieux dire, je m’en doutais un peu. Aussi il est sacrilège celui qui se prend pour César et d’un geste d’impiété et d’outrage décide de sortir de chez soi l'autre qu’il a pourtant invité. On me dira, je le sens, qu’il y avait peut-être des raisons ! ah ! la phrase attendue et entendue mille et mille fois ! la raison en lieu et place de l’humeur, que l’on invoque pour soi et jamais pour les autres. La raison  pour valider l’irritation, le tempérament, la tocade. La raison de l’un qui serait plus forte que la raison de l’autre ? mais qui décide de la mesure, qui mesure la mesure ?

Toujours se souvenir que les expressions les plus pratiquées sont parfois les plus signifiantes. Telle une fin de non-recevoir, qui peut, à qui sait lire, porter au moins deux sens, dont un sens interdit. L’exclusion, l’expulsion, l’éviction interdisent à qui est banni de reparaître. Et d’enfoncer même les portes ouvertes.

 

 

 

*toute ressemblance avec des personnes ou des faits….

(et merci à Stéphanie pour les photographies)

de campagne, de terres et d'eaux

7 Mars 2018 , Rédigé par pascale

   A cinq kilomètres environ de Yangshuo*, le village de Fuli**, signalé dans tous les dépliants comme « pittoresque », me servit, ce matin, de promenade initiatrice. Je réalisai, dès que le cyclopousse au maximum de sa vitesse, eut passé les dernières maisons, que je retrouvai le paysage embrumé de l’aube, dévêtu, déshabillé et séché, mais qui n’avait rien perdu de sa captivante beauté. Elle avait seulement changé de tons, de teintes, d’intention, comme si le peintre, dans un geste de repentir profondément pensé, l’avait recomposée autour des seules nuances du vert et du jaune.

   La petite route étroite mais goudronnée me sembla posée là au milieu des champs, des rizières, eux-mêmes tranquillement installés entre les pics rocheux, plantés et dressés par dizaines à l’horizon, comme autant de monuments formidables dans cet ensemble organisé autour d’eux et pour eux par la nature. Un vert profond qui se confond avec un noir étrange pour l’arrière-plan, des vert-jaune multiples pour les aplats du premier plan, et des verts tendres et brillants pour toute la végétation en bordure du tableau, à portée immédiate de la main.

   Toutes les perspectives horizontales, les étendues planes, les carrés de terres et d’eaux mêlées me ramenaient à la grande douceur des dégradés de bruns et d’ocres dans certaines toiles de Paul Klee. Par quel mystère la mémoire pouvait-elle opérer ces associations bien au-delà des mots, et les garder en réserve d’expression, mais pas de sensation, pour finir par les imposer plus tard, un peu plus tard ce soir, au détour de l’écriture?

   Ce relief si original en pain de sucre aurait dû d’abord capturer mon regard pour ses allures olympiennes, ses formes imposantes et élancées, une énergie minérale qui ne m’avait jamais pénétrée, ni avant, ni ailleurs. Mais la saisie de ces centaines de pilotis karstiques me ramenait à une autre force, tellurique celle-là, à cette terre même d’où ils surgissent, plantés par qui? Ce contraste entre verticalité rocheuse et horizontalité végétale, cette démonstration parfaite d’une géométrie naturelle qui réplique un espace euclidien aux droites parallèles qui jamais ne se rencontrent, loin de m’obliger à un étourdissant va-et-vient entre le haut et le bas, le ciel et la terre, me rendent la terre, et la terre seule, irrésistible dans l’instant. Comme une envie de poésie simple –dont je sais que  m’y risquant elle sera simpliste– je formule mentalement des évidences, puisque les rizières miroitent en quelques éclats ternis, que les mottes de boue ont goût et couleur de premier jour du monde et le dégradé des verts, délicatesse et fraîcheur sans égal. Ce que la physique élémentaire des Grecs doit à son expression poétique me paraît être illustré là, si loin pourtant de toute l’aridité du sol hellène.  Des harmonies et des correspondances minimales jaillit toute force cosmique. Il suffit de toucher les feuilles qui luisent de l’humidité de la terre, et de surprendre la gigantesque virgule d’un bambou qui s’élance au ciel en triomphe.

 

   Je ne sais rien de la poésie traditionnelle chinoise, mais il revient à ma présence ici de croire qu’elle n’est sûrement que métaphore, cette saisie de mots qui se déplacent dès qu’on les touche et les veut fixer, glissant tel un morceau de soie échappé d’entre des doigts malhabiles.

   Dans la campagne qui abrite Yangshuo, et maintenant Fuli, alternent les principes les plus simples de tout rapport au monde : plénitude et solitude, immobilité et impulsion, air et terre, pierre et eau, vide et plein, force et délicatesse. La nature est calligramme, et l’artiste calligraphe. De ce contraste naît un équilibre, de cette tension, une paix. De ces atomes d’immanence, une puissance extraordinaire.

Je risque le mot d’holothéurgie...

 

* ici même, 25 mai 2017 ** 15 juillet 2017

Dédicace

3 Mars 2018 , Rédigé par pascale

  

Devant une photographie floue, on peut voir clair. La netteté est dans les mots, pas toujours dans les objets. Qu’on choisit, qu’on élit, qu’on éloigne, qu’on retient, qu’on affiche, qu’on impose, qu’on expose. A soi, dans des fouillis cadrés qui racontent les plus belles histoires. Un de ces encadrements remarquables me fit  grand effet, il y a peu. Tant les alignements et ce qui s’y pendait montraient le sens des choses.  Et l’usage du passé pour respecter ici la concordance des temps.

   Que faire d’un encreur, d’un tampon encreur, si par inadvertance ou par nécessité, arrivé à la table d’écriture, il sèche. Ou s’il ne répond plus aux attentes. Urgent. Travail accompli. Que sais-je encore ? des noms, des lettres, A-B… des chiffres, sûrement des dates ; tout peut arriver à qui se saisit d’un crayon, d’un stylet, d’un stylo qui saurait même nous remettre à niveau. Pas question de coincer la bulle, même si j’en connais un…mais ce n’est pas le sujet. Une autre fois, peut-être.

     Revenons à nos timbres dont l’alignement impose sa propre nécessité comme aurait dit Spinoza s’il avait vu celui-là. Il eût été enfantin, simplissime, à la portée du premier portable venu -transformé en téléphone à l’occasion- d’entrer dans sa mémoire photo/graphique binaire, l’image de ce moratoire sine die. La suspension du passé dans des encoches présentes au regard qui passe, et gagne à tous les coups encore un peu de mémoration, de commémoraison. Encore un peu. Car c’est ainsi que l’écrivain œuvre en son cabinet de singularités. L’incuriosité le fuit, et nous aussi.

    Du cabinet à la cabine, il nous suffira d’ôter le ‘t’ sans l’effondrer. Je n’aurais jamais assez de ferveur pour une langue qui pratique le principe de l’économie absolue en générant la profusion à l’infini –non, ce n’est pas un pléonasme. Donc, la cabine de l’écrivain comme un compartiment, une couchette, un isoloir. Quelle qu’en soit la taille. Il lui suffit d’y arrimer, d’y ancrer,  des objets comme des rébus, des reliques, des cartes, dont seul il a le dessous, pour révoquer l’ordinaire, le relever de ses fonctions acratopèges. Et au pan du mur d’une ballade des pendus d’un autre temps qui jamais ne s’efface, qui jamais ne se rend. Ni les pluies ni les vents mauvais jamais ne l’ont débuée, ni les heures, ni les saisons, l’insoumission inactuelle de sa parole. Occupant un logis de mots dont il a capturé l’évidence pour mieux s’en revêtir. Et nous aussi.

   Je regarde mais ne le sais pas encore, un geste d’opposition. Un détournement de sens avant l’heure, une anticipation dans le passé, une prolepse objectale, une objection prévisionnelle à l’existence de tampons encreurs personnalisés en ligne…. (en ligne !) virtuellement accessibles, réellement sans la moindre signification. Désespérément coutumiers. Au lieu de quoi, il s’est fallu qu’un geste menuisier, celui qui coupe le bois menu, et un désir pendable, me fissent, une fois de plus, une fois encore, relever le défi des choses au langage*.

*et toujours F.Ponge