inactualités et acribies

d’auteurs, écrivains, penseurs – analecta III

21 Février 2026 , Rédigé par pascale

 

 

« J’aime que mes livres aient une belle finition, avec des rabats de couverture, des papiers bien choisis, une impression de la couverture en noir et rouge, qui est la tradition depuis les débuts de l’imprimerie (les autres couleurs n’apparaissent qu’à la fin du xviii e siècle), et un bois gravé qui réponde symboliquement soit à l’ambiance, soit à un point précis du livre. » Edmond Thomas, décédé le 18 octobre 2025 ; imprimeur-éditeur scrupuleux d’oubliés talentueux. Plein Chant, histoire d’un éditeur de labeur, p. 110.

 

Ne crains donc, poète futur, d'innover quelque terme en un long poème, principalement, avec modestie toutefois, analogie et jugement de l'oreille, et ne te soucie qui le trouve bon ou mauvais espérant que la postérité l'approuvera, comme celle qui donne foi aux choses douteuses, lumière aux obscures, nouveauté aux antiques, usage aux non accoutumées, et douceur aux âpres et rudes. Joachim du Bellay, La Défense, et illustration de la langue française, Paris. (1905)

 

« Le docteur d’une comédie italienne, en jouant le personnage d’un pédant, ne saurait dire de plus grandes sottises que fait cet homme en parlant sérieusement. » Descartes, à propos d’un écrit dont ni l’auteur – un certain N. non identifié toutes recherches et notes consultées – ni le contenu ne furent retenus aux plus petits codicilles de l’histoire, et dont manifestement Descartes prit connaissance par obligeance à l’égard de Mersenne, dans une lettre de 1638, dans laquelle se trouve cette phrase ci-dessus, m-a-g-n-i-f-i-q-u-e et vacharde à souhait.

 

« On n’arrive au style qu’avec un labeur atroce, avec une opiniâtreté fanatique et dévouée. » Flaubert – Lettre à Louise Colet, 15 août 1846

 

« Si l'on savait combien peu j'ai lu Platon – et en traduction ! J'ai fait cependant des dialogues « socratiques » ! C'est la forme qui m'intéresse. Le fond de la pensée n'est rien »Paul Valéry, Cahiers, XXIV, 762, in Cahiers, Gallimard, « La Pléiade », I, 1973, p. 197. Osons croire que Valéry ment avec talent…

 

« Sur trente femmes dans un salon, il y a vingt-cinq bécasses, qui font frou-frou avec leur plumage, et dont le ramage consiste à répéter la phrase qui court ; mais il y a cinq personnes fines, et elles vous jugent. » Hippolyte Taine, Préface à Notes sur Paris, 1867

 

« En effet, ce sont les mêmes lettres qui produisent la tragédie et la comédie. » Aristote - De generatione et corruptione, I, 2, 315 b 14 sq.

 

« Tout commence par la présence de cette absence-là. » Jacques Derrida, Foi et savoir, suivi de Le Siècle et le Pardon, Paris, Seuil

 

« J’apprends avec une extreme joye par vous et par Monsieur Heinsius que vostre Saturne est sous la presse. Quelque contradiction qu’il puisse rencontrer il ne faut point vous rebuter pour cela. Les grandes choses sont sujettes à l’ennui et à l’injustice. C’est leur destinée et une marque de leur veritable grandeur. » Lettre de Chapelain à Huygens, 15 mai 1659

 

« Nicolas Machiavel vint au monde les yeux ouverts (…) Il naquit les yeux ouverts, comme Socrate, comme Voltaire, comme Galilée, comme Papini, comme Kant, comme Figaro et comme Casari, le laitier de la Porte Nomentana, qui respire la ruse par tous les pores de sa peau, et comme l’auteur du présent livre. » Giuseppe Prezzonlini – Vie de Nicolas Machiavel, Florentin, p 3 traduction, M-Y Lenoir (Edit. Plon 1929) –

« C’était un petit rire sec, rare, menu menu comme une semoule, tout le contraire du rire gras, pâteux, profond ; du rire filé tillant et prolongé ; du rire indigeste, tonitruant, en ronflement d’orgue ; du rire brisé, étranglé comme une lasagne ; du rire sirupeux comme un sucre d’orge ; du rire flasque comme une soupe de courge ; du rire gargouillant comme le vin qui sort de la barrique. » ibidem p. 7,un petit livre tout vieux et tout fripé, d’une écriture éblouissante, nonobstant les erreurs et infidélités, voire les inventions, à propos de Machiavel.

 

« Dans la vie il est des blessures qui semblables à la lèpre lentement dévorent et entament l’esprit dans sa retraite. » Sâdeq Hedâyat, incipit de La Chouette aveugle, Les Belles Lettres, Prix Jules Janin de l’Académie française 2025

 

« mais la vie littéraire donne naissance à tellement d’envieux, de gens médiocres et de gens plats que malgré la bonne volonté qu’on y met, de temps en temps l’amour-propre se relève blessé et qu’on dit avec Weber : « Je ne suis orgueilleux qu’avec les sots. » Champfleury – Lettre à George Sand – Paris, 1855

« J’ai une maison où il fait chaud en hiver : C’est tout mon luxe. Vous y trouveriez aussi celui d’une solitude complète en ce moment, du temps pour travailler, et un jardin pour rêvasser. Moi, toujours au travail, pas gênante, n’exigeant même pas qu’on me dise bonjour quand on me rencontre, par hasard, dans la journée. Si ce genre de vie vous allait, vous seriez servi à souhait. Quelque peu tentant qu’il soit pour les oisifs, je l’estime bien précieux pour les piocheurs ; je ne vous dis pas que vous seriez reçu avec amitié et sympathie. S’il n’en était pas ainsi, je ne vous appellerais pas. Vous passeriez ici un jour, une semaine, un mois à votre volonté ou fantaisie.

Sur ce, poignée de main sincère. Georges Sand à Champfleury, Nohant – décembre 1856

« Tu ne croirais pas que nous causons beaucoup de l’avenir de la société. Il est pour moi presque certain qu’elle sera, dans un temps plus ou moins éloigné, régie comme un collège. Les pions feront la loi. Tout sera en uniforme. L’humanité ne fera plus de barbarismes dans son thème insipide ; mais quel foutu style, quelle absence de tournure, de rythme et d’élan ! » Flaubert à Louis Bouilhet, 27 juin 1850

« Lisez et ne rêvez pas. Plongez-vous dans de longues études ; il n’y a de continuellement bon que l’habitude d’un travail entêté. Il s’en dégage un opium qui engourdit l’âme. » Le même, à Louise Colet, 28 juillet 1851

« Médite donc plus avant d’écrire et attache-toi au mot. Tout le talent d’écrire ne consiste après tout que dans le choix des mots. C’est la précision qui fait la force. Il en est du style comme en musique : ce qu’il y a de plus beau et de plus rare c’est la pureté du son. à Louise Colet, 1852

 

« Sartre affirme que la littérature de consommation, de laquelle la littérature engagée doit se distinguer, élude les drames de l’histoire et condamne ainsi la société à tomber dans « la bauge de l’immédiat, c’est-à-dire dans la vie sans mémoire des hyménoptères et des gastéropodes. Bien sûr, tout cela n’est pas si important : le monde peut fort bien se passer de la littérature. Mais il peut se passer de l’homme encore mieux ». » Extrait d’un article passionnant : La métamorphose humain/insecte dans l’œuvre sartrienne. Elisa Reato, Université Paris-Nanterre. La citation de Sartre, provient de Qu’est-ce que la littérature ? p 316

 

Euphrates (dans la correspondance de Pline) « parle d’une façon ornée, agréable et convaincante ; que, d’ailleurs, c’est si convaincant qu’une fois qu’on a été convaincu, on regrette d’avoir été convaincu parce qu’on voudrait pouvoir l’écouter encore pour pouvoir être convaincu à nouveau. » Michel Foucault – L’herméneutique du sujet – Seuil-Gallimard 2001 p. 147

 

« On a défendu de lire Voltaire en Hongrie et en Autriche, comme vous savez. Mon Dieu, qu’ils s’y prennent tard ! Quelle imprévoyance de l’avoir laissé lire si longtemps.»  Julie Talma à Benjamin Constant– 28 brumaire an XI (19 novembre 1802) – (Plon, Paris 1933)

 

« L’écrivaillerie semble être quelque symptôme d’un siècle débordé ». Montaigne, IV, 66

« Jean Bodin est un bon auteur de notre temps, et accompagné de beaucoup plus de jugement que la tourbe des écrivailleurs de son siècle ». Montaigne, III, 149

“Tout licencieux qu’on me tiene,. J’ai en vérité plus sévérement observé les loix du mariage, que je n’avois promis ni espéré ». Montaigne,. III. ch. 5

 

« Je suis un contemplateur fervent de l’effort d’autrui ». Tristan Bernard

 

« Nous finirons un jour muets à force de communiquer. Nous deviendrons enfin égaux aux animaux, car les animaux n’ont jamais parlé mais toujours communiqué très-très bien. Il n’y a que le mystère de parler qui nous séparait d’eux. A la fin de l’histoire, nous deviendrons des animaux : dressés par les images et hébétés par l’échange de tout, avec la vente pour destin, réduits en bêtes de transit, redevenus les mangeurs du monde et une matière pour la mort. La fin de l’histoire est sans paroles »

« Lire c’est changer de corps ; c’est faire un acte d’échange respiratoire, c’est respirer dans le corps d’un autre. »

« A l’image mécanique et instrumentale du langage que nous propose le grand système marchand qui vient étendre son filet sur notre Occident désorienté, à la religion des choses, à l’hypnose de l’objet […] j’oppose notre descente en langage muet dans la nuit de la matière de notre corps par les mots et l’expérience singulière que fait chaque parlant, chaque parleur d’ici, un voyage dans la parole […] ». Valère Novarina

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