inactualités et acribies

"Réussir son été".

29 Juillet 2021 , Rédigé par pascale

(les expressions de l'été, 2ème)

Un qui se dit philosophe depuis des décennies — après avoir tout tenté pour réussir dans la carrière en rapportant sa qualité d’intellectuel au nombre de ses livres graphomaniés à la vitesse du son et des passages sous les spots de la culture intensive expresse, la seule qui a droit de parole aujourd’hui — un qui se dit philosophe, pratiquant assidûment exposition, confession et narration publiques de ses maux et de ses biens, rédige* il y a peu, cette scie démagogique à laquelle un penseur digne (de ce nom) ne se laisse pas aller : Le petit guide philosophique pour réussir son été.

Entreprise calamiteuse qui vient se loger entre réussir sa mayonnaise ou son entretien d’embauche – ou la nouvelle version par l’éducation nationale, réussir son grand oral ! L’été, devenu occasion de recettes par personne autorisée, l’été consommable à bon goût en y mettant les ingrédients, l’été qu’il ne faut pas rater. Parce qu’en y réfléchissant – oups ! – s’il y a nécessité de réussir au point que cela vaille un articulet public, (mais payant quand même pour le lecteur forfaitaire persona grata aux conseils hermétiques de l’Initié) c’est que le recalé en subirait des embarras ou des mécontentements irréversibles, voire des contraintes insupportables. Et, allons plus loin, approfondissons, raisonnons – oups, oups ! – il s’agit d’indexer une valeur intrinsèque à l’été, contrairement à ce que profère le philosophe sur/en/de papier glacé dès les mots d’entrée, autrement dit qu’il soit essentiel. Sinon quoi ?

L’article étant réservé aux abonnés, je n’en ai lu que les lignes premières, celles qui s’estompent bien moins joliment que l’eau de la marée descendante dans le sable des plages bas-normandes, et je vais, pour une fois qu’on ne s’avisera pas de me reprocher, parler de quelque chose dont je n’ai pas épuisé, essoré, criblé le tout. Et reprendre d'urgence, une fois ces mots posés, Sénèque, Épictète, Marc-Aurèle et tant d’autres qui ne mettaient leur âme, leur esprit, leur pensée, leur réflexion pas plus au service de l’éphémère – stricto sensu – que de leur propre célébrité, renommée, publicité, notoriété en un mot, de leur personne. Et puis, cette foutaise du titre – on me dira que c’est plus le fait du journal que du pisse-copie*** (celui qui a toujours une copie à placer) – qui confond l’été – une saison qui dure un trimestre – avec la vacance des occupations ordinaires – quelques jours, trois semaines au plus. A moins qu’il ne s’agisse d’une synecdoque qui s’ignore, pourrait aussi répondre celui qui a réponse à tout. Mais une synecdoque qui s’ignore n’en est pas une.

On le voit, on le sent, on le lit, ma deuxième expression de l’été me met en colère. Grave. Il y a cumul de manquements tant à la philosophie qu’au respect du lecteur-passant-par-là**. Aucune philosophie, aucun philosophe digne (de ce nom) ne peut se prétendre être (un) guide pour quiconque, a priori, cette dernière expression, cardinale, pour dénoncer la posture de surplomb, dominante, dominatrice, celle qui n’a rien à voir avec la conversation, l’accompagnement, l’échange, le dialogue philosophiques, y compris entre celui qui dispose d’un savoir et celui qui n’en dispose pas, chose courante dans tous les domaines de la vie ordinaire où ce que l’on maîtrise est toujours moins important que ce qu’on ne maîtrise pas.

M’enfin ! comment oser ! Prenons les termes un par un avant d’en finir, je promets que ma prochaine expression de l’été sera ou drôle ou légère, ou folâtre, insouciante, alerte, déliée, désinvolte, pétillante, guillerette, pour réussir contre les pisse-froid et les pisse-vinaigres, feraient-ils un effort incommensurable en guidant les autres, pour descendre à leur niveau et leur tenir la main pour passer l’été :

                                         Le / petit/ guide/philosophique/pour réussir/son été/ se présente en toute immodestie comme n’étant pas un parmi d’autres, mais le / il use de la litote (petit) dont on sait – au moins depuis Corneille (Va, je ne te hais point !) quel est son redoutable pouvoir de persuasion / je pense immanquablement et alternativement soit au guidon de la bicyclette soit à tous les Guides prétendument Suprêmes, passés, présents et à venir de la planète, dans tous les cas, à ce qu’il ne faut pas lâcher pour ne pas chuter (ou pécher ?), diantre ! ; la qualification de philosophique tient de l’usurpation d’identité ou de l’oxymoron en proximité du précédent, au choix ; à propos de la charge conquérante, triomphale, victorieuse du verbe réussir on précisera que dans cette tonalité performative, l’échec n’est donc pas envisageable, puisque le guide vous mène au succès, quoi qu’il arrive. On peut donc supposer, i.e croire, qu’il n’ignore ni l’avenir, ni l’impondérable, ni l’inattendu, le contingent, le hasard, les aléas, imprévus à venir, forcément. Enfin, l’été, est devenu par la décision d’un archipatelin de papier, le nec plus ultra de notre présent, mais chacun le sien, son été, et tant pis pour les autres.

Que va-t-il se passer quand l’été – réussi, forcément réussi après cette lecture édifiante – laissera inévitablement la place à l’automne ? Faudra-t-il résister au changement de saison ou quitter un tel éden et pour quelle géhenne ? ou attendre, dans l’impatience, la recette suivante ? Et chaque année quatre guides chaque fois différents, pendant combien de temps encore ? L’inquiétude gagne certains, je le sens. Moi, je fuis. 

 

* dans un « grand » journal « national » dont les analyses, publicités, conseils à l’endroit des nantis font la réputation. **abandonnons les abonnés. ***celui-ci, livrant son « texte » accepte, de fait, de droit, implicitement, ou explicitement, comme on le titre ; il se peut aussi que ces mots soient extraits de l’ensemble. C’est un accord tacite.

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M
Facile à deviner (j'ai quand même vérifié, après "la première gorgée de bière")
Qu'il poursuive son activité s'il suscite des textes d'une joyeuse férocité, d'une ironie chatoyante.
Je ne pense pas que vous soyez en colère ou bien celle-ci reste en arrière-plan et cède le pas au style. Si du moins j'ai bien compris..
Si vous en avez d'autres...
Merci
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P
erratum : ce qui peut me sauveR
P
Si, si, je vous assure, je suis en colère - certes, ce n'est pas une colère métaphysique - mais une bonne vieille colère contre celui que j'appelle l'infâme ... mais il est vrai aussi, que je ne résiste jamais à l'attrait d'un bon mot, ou d'un jeu sur les mots, d'une trouvaille, ce qui peut me sauve de mettre un peu trop en avant de terribles grognements ! Merci pour les vôtres, mots, vos passages. Et même vos souhaits. Je vais essayer de faire des petites choses rapprochées pendant tout le mois d'Août. Il faut tenter de ne pas trop "rater" son été !